Sorcières #4 : Ho hisse le clitoris !

Sorcières #4 : Ho hisse le clitoris !

Sorcières est une série d’articles féministes inspirée du livre à succès de Mona Chollet « Sorcières, la puissance invaincue des femmes » (Ed. Zones, 2018). Pourquoi Sorcières ? Car comme l’explique si bien l’autrice : « La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. » En bref, la sorcière est une femme forte et affranchie de toute domination. Je te propose donc une suite de ma série des trois portraits de romand.e.s que je trouve inspirant.e.s, et aujourd’hui, on va parler de projets artistiques/actions menées pour la démocratisation du clitoris en Suisse Romande !

« – Ok, donne moi des tuyaux.
– Je ne comprends pas.
– Donne-moi des tuyaux pour que tu jouisses vraiment. Je ne suis pas une oeuvre une charité. Je cours le marathon, j’en ai vu d’autres nom d’un chien !
– D’accord. Bien. Tu sais comment le clitoris fonctionne ?
– Ouais…
– Tu sais où c’est ?
– Ouais…
– Eh bien c’est bien à 10 cm de là où tu crois.
– Oh misère !
»

Voilà une bribe de conversation qu’eu Miranda Hobbes, l’une des quatre héroïnes de la série TV Sex and The City, avec Josh qui malgré les travaux pratiques donnés par sa partenaire ne parvient pas à la faire jouir.
Aujourd’hui nous allons parler du clitoris pour diverses raisons (en deux mots) :
1. Nos cours d’éducation sexuelle/biologie sont loin d’être complets concernant l’organe sexuel féminin.
2. Parce que le clitoris est paradoxalement méconnu de manière générale. Il s’agit pour les personnes qui en ont un de mieux se connaître, et celles qui n’en ont pas de mieux le comprendre
3. Parce que le clitoris est un tabou dans l’histoire.Il a vécu dans l’ombre, la lumière, on l’a mutilé et adulé. Plus récemment, on se rappelle des deux femmes amendées en avril 2018 pour avoir dessiner à la craie un clitoris au Jardin des Anglais à Genève dans le but de soulever un tabou. Apparement, ça gêne et donc : on va en parler !
L’idée de cet article est de monter comment nous redécouvrons cet organe de plaisir à notre époque à travers des actions et créations artistiques. Il existe énormément de projets et j’aimerais remercier toutes les personnes qui m’ont écrit pour me faire part de leurs connaissances sur le sujet. Il a été difficile de faire des choix, j’espère donc que ce travail te plaira. Cette sélection suggestive te propose des éléments de projets suisses romands, parce que même ici, ça bouge bien !

1. Knitoris – Hélène Becquelin

Petits clitoris en tricot d’après leur représentation 3D © Hélène Becquelin
Petit clitoris en tricot d’après sa représentation 3D © Hélène Becquelin

C’est en regardant la télévision que Helène Becquelin, 56 ans, comprend qu’elle a besoin de faire quelque chose de ses mains. A la fois illustratrice, dessinatrice de BD et graphiste, Hèlène a déjà un bon oeil et tombe amoureuse d’un petit clitoris issu d’un film d’animation et décide de le fabriquer… en laine ! L’artiste cherchait à en faire une peluche Kawaï qui puisse plaire aux (grands) enfants. Ainsi est donc né « Knitoris », un jeu de mots avec « knit » (laine en anglais). Elle n’en n’est d’ailleurs pas à son premier essai avec ses personnages en laine : « Poop’ée » – petit caca sympathique – et « Cuterus » – un utérus en laine cadrée. Les réactions à l’encontre de « Knitoris » sont plutôt amusées ou attendries. « Il y a eu des réactions plus contrastée avec mon « Cuterus » , je vois que les mentalités et le regard sur les organes féminins se normalisent au fil des ans, et c’est tant mieux! […] J’essaie d’en dessiner le plus possible lors d’interventions publiques, comme à Picto Bello, la Grève des femmes ou diverses interventions avec les filles de La Bûche, afin de dédramatiser sa représentation. J’ai eu de belles surprises avec des réactions très ouvertes et bienveillantes de nombreuses personnes, de tous âges et genres. » raconte Hélène. A savoir que « Knitoris » – que tu peux retrouver à la galerie La Sonnette à Lausanne – a une grandeur pas si différente d’un véritable clitoris!

2. L’Etendoir, écho d’un lavoir collectif – Cie Porte-Bagages

Elles sont trois à porter ce projet. Il y a à l’écriture Océane Forster et sur scène Alicia Packer qui partage la conception avec Tamara Lysek. Une année et demi auparavant, Alicia et Tamara souhaitaient déjà aborder d’une manière ou d’une autre sur scène le plaisir féminin et c’est Océane qui leur a fait une proposition des plus intéressantes. Alicia et Tamara en parlent aujourd’hui avec enthousiasme, cherchent les mots justes et ont les yeux qui brillent lorsqu’elles parlent de la possibilité que des scolaires viennent assister à leurs représentations.
Leur création qui sera jouée du 24 au 29 septembre au Théâtre 2.21 dans le cadre du festival du monologue relate l’histoire d’une jeune femme (23 ans) qui nous raconte la sexualité de sa mère (55 ans) en faisant sa lessive. « Ma mère et moi nous avons raté notre libération sexuelle. » déclare-t-elle en comparant leurs culottes respectives en dentelles et coton. « On garde quoi de notre vie commune Laurence [sa mère]? … L’explication, dans un train bondé, du fonctionnement du clitoris lors de la masturbation…. » entonne la jeune femme. Elle parle d’elle, du clitoris, de la masturbation, du gouffre inter-générationel entre elles, du rapport aux hommes… C’est un parallèle entre cette mère qui se sent libérée et maîtresse de sa vie, de ses choix versus sa fille en pleine rupture de ses pensées, désillusionnée, cynique. Elle ne se veut pas romantique dans ce qu’elle dit, mais ne crèverait-elle pas d’envie de vivre une histoire d’amour ?
Réserve vite tes places, je crois bien que le voyage sera intense…!

3. Clitos monumentaux – Les Créatives et Mathias Pfund

Cli-Cli et la team Les Créatives, novembre 2018

Le Cli-Cli gonflable des Créatives : Les Créatives (festival féminin et féministe basé à Genève du 12 au 15 novembre 2019) avait fait grand bruit avec son célèbre « Cli-Cli » présenté pour la première fois à la Nuit de la Science en 2018 puis au Théâtre de Saint-Gervais, au Festival Bastions de l’Egalité et qui voyagera encore en 2020 au festival La Pointe de l’Iceberg à Paris. « Cli-Cli » mesure 6m20 de haut et 6m de large. « ….réduire les femmes à leur clitoris serait l’équivalent de résumer les hommes à leur bite, expliquait Margarita Gingins au magazine LGBT 360°. Nous sommes avant tout des cerveaux. Et aujourd’hui, certaines femmes ont même des pénis. Notre combat consiste à ouvrir le débat. Et l’important c’est le plaisir, seul.e ou dans la rencontre. »

Instant Pleasure (clitoris) © Sebastien Verdon

Instant Pleasure de Mathias Pfund : Instant Pleasure est né suite à un concours publié fin 2016 dans le magazine féministe Causette sur la représentation du clitoris que Mathias Pfund a décidé de tenter en se basant sur le travail de l’impression 3D du clitoris de la chercheuse engagée Odile Fillod. Sa création, proposée par le centre d’art contemporain Smallville, a figuré sur le rond point de la place de l’Europe à Neuchâtel durant 3 semaines. Des réactions ont étés amusées, révoltées ou juste indifférentes de la part des passants mais Mathias Pfund s’est dit surpris par l’ampleur du débat sur les réseaux sociaux (250 commentaires en moins d’une journée sur Arc Info). « Cet échange d’opinions variées, parfois très émotionnelles, permet de mettre en lumière un organe encore méconnu, comme le sont souvent les sculptures dans l’espace public », commentait-t-il à la Tribune de Genève en octobre 2017.
Je suis tombée durant mes recherches sur un article de l’artiste Marie Docher qui a un avis assez tranché sur la question : « Ce qui nous mobilise ici, c’est le parfait cas d’école que Pfund nous fournit pour illustrer l’opportunisme de certains artistes et la récupération à leur profit des luttes anti-sexistes que mènent des femmes. On y trouvera tous les ingrédients indispensables à la réussite de ces détournements : un entre-soi masculin hermétique, des institutions en soutien, une presse « féministe » autoproclamée, et une misogynie décomplexée pour lier le tout. » A bon entendeur. Voici le lien de l’article pour les curieux.ses.

4. Day Octeube et Octeuche – Sailor Dave et Marion La Jones

Planche des flashs dispos de Sailor Dave, à contacter via instagram si intéressé.e !
Planche des flashs dispos de Marion La Jones, à contacter via instagram si intéressé.e !

Marion La Jones et Sailor Dave ont décidé de te proposer une journée (très) spéciale flashs tattoo (dès 150.- la pièce) le 26 octobre de 11h00 à 17h00 à Next2 tattoo (Vevey). Mais pas n’importe quelle journée flashs, cette fois-ci les deux tatoueurs ont décidé de proposer des designs inspirés des organes sexuels féminins et masculins. L’idée s’est développée en résonance avec l’actualité liée à l’égalité des sexes, une manière pour les deux artistes de détourner le sujet avec humour et militantisme. « Pour la plupart des personnes à qui nous avons fait la promotion de l’événement, leur réaction a été fun et très intéressée à y participer! Les gens trouvent cela intéressant d’oser imager ce sujet en tatouage! Certaines personnes plus âgées ont eu une réaction réservée quant à la journée. On espère y voir du monde! » commente Sailor Dave. Ne reste plus qu’à réserver ton flash et – non pas des moindres – passer sous l’aiguille !

5. Lucie and the clit – Lucie de Boer

© Lucieandtheclit
© Lucieandtheclit

Actuellement installée à Londres dans un petit atelier, la jeune bijoutière/joallière Lucie de Boer originaire de Crans-près-Céligny (Nyon) n’est pas à court d’inspiration. Sur instagram, la jeune femme ne manque pas d’humour en baptisant ses petites créations la « Clit army ». Comme beaucoup d’entre nous, Lucie a découvert la véritable forme du clitoris il y a peu et a décidé de le détourner en boucles d’oreilles/colliers. « J’ai trouvé que la forme était super jolie, ça m’a beaucoup plu. C’est d’abord parti un peu sur un délire, je me disais « faire des bijoux en forme de clitoris, quelle idée ?! » et en faisant 2-3 croquis sur papier c’était boostant. L’idée me plaisait vraiment bien du fait que ça soit un peu de l’inédit joli qu’on ne voit pas partout. Comme mon bijou clito est un peu stylisé, fin et discret, peut être que ça ne saute pas aux yeux mais ceux qui savent le reconnaissent ! » Pour le moment, ses bijoux se vendent en ligne mais la créatrice a eu l’occasion de les vendre cette année au stand Esprit Sage-Femme du Paléo Festival. Des retours plutôt positifs sur place puisque le visiteur était averti de la nature du stand. Lucie les a mis sur le marché il y a quelques mois et a accueilli depuis généralement des bonnes réactions, parfois surprises. « …je voyais que les gens ne s’attendaient pas du tout à ça et c’était presque plus moi qui était gênée de leur dire que je faisais des bijoux en forme de clitoris ! »

6. Vulves sur les menhirs – Collectif féministe Yverdon

© Amélie Weibel
© Amélie Weibel

Certes, nous allons plus directement parler de vulves ici plutôt que du clitoris, mais le projet m’a tellement plu que je me devais d’en parler. Conçues pour promouvoir la grève féministe du 14 juin, ces vulves fabriquées de toutes pièces par les petites mains (faits avec des draps et housses de matelas) du collectif féministe d’Yverdon sont parties investir les menhirs de Clendy ayant une place remarquées dans le patrimoine de la ville. Une pancarte accompagnait les réalisations pour expliquer la démarche. «...les menhirs étant des éléments durs et érigés, nous avons trouvé drôle et symbolique de les travestir. C’était une façon de pointer du doigt l’invisibilité de la femme dans l’histoire et le tabou qui plane encore autour de l’organe sexuel féminin. » raconte l’une des membres. Les réactions – c’est d’ailleurs ce qui m’a beaucoup intéressé pour cet article – ont été vives et très contrastées. « …Le collectif a reçu quelques mails incendiaires, notamment d’une personne se disant outrée « de devoir subir la vision abjecte de sexes féminins révélés à la vue de tous ». Les vulves sont restées une nuit et ont été décrochées au petit matin par un groupe de réac’. Nous ne savons pas ce qu’elles sont devenues. Ces réactions négatives illustrent parfaitement l’omniprésence du sexisme dans notre société et renforce l’envie de nous battre contre le système patriarcal. » Les commentaires sur les réseaux sociaux ont été particulièrement virulents, certains nommant cette action de « profanation », le collectif étant désigné de « femmes dégénérées » ou encore d’ « adolescentes influençables en mal de sensations fortes »… Le point sensible a été touché, quelques bouts de tissu ont mis le feu aux poudres !

7. T-shirt « Je m’en bats le clit » / « Clito d’amour » – Vfelder

©_vfelder
©_vfelder

Derrière le psoeudonyme vfelder se cache Valérian, 24 ans, brodeur indépendant à Genève. Ayant évolué dans les milieux artistiques, Valérian s’est naturellement orienté vers la borderie qu’il réalise à la main. « À la base je souhaitais trouver un personnage représentant le sexe féminin, car j’avais déjà un personnage pénis dans mon bestiaire. Mon but est de démocratiser l’image de cet organe en le rendant ludique et sympathique, lui permettant ainsi d’être visible d’un plus grand nombre de personnes et lui évitant les censures que l’on pourrait avoir avec quelque chose de trop réaliste. » C’est en voyant une version simplifiée du clitoris sur une banderole que l’idée a fait son bout de chemin. Pour Valérian, ce combat ne concerne tous les sexes et les changements que nous pourrions apporter seraient bénéfiques pour l’ensemble de la société. Mais quelles réactions a-t-il eu face au T-shirt « Je m’en bats le clit » ? « Les gens sont plutôt amusés et trouvent mignon mes petits clitos quand ils les découvrent. Je n’ai jamais eu de réactions gênées ou autres. […] ce sont les femmes qui m’en commandent le plus. D’une manière générale les femmes osent plus porter les motifs où je représente un organe sexuel que les hommes. […] la totalité des femmes reconnaissent le clitoris, certains hommes ne le reconnaissent pas toujours et les enfants le voient souvent comme un personnage avec de longs bras. » L’artiste espère contribuer à son échelle à banaliser la vision de cet organe, rendre curieux son public et avec un peu de chance, que le clitoris rentre dans les moeurs jusqu’à être dessiné sur les vitres des voitures enneigées cet hiver.

8. Plurielles – Charlotte Olivieri

« Plurielles » © Diana Martin
« Plurielles » © Diana Martin

C’est lors de l’organisation de la grève du 14 juin à Vevey que le combat féministe de Charlotte s’est définitivement affirmé dans sa pratique artistique. Le projet « Plurielles » est alors né, une centaine de catelles en céramique décorées de clitoris et de slogans ont été apposés de nuit dans les rues de Vevey. « Investir la rue et rendre public l’intimité et le plaisir des femmes est un moyen de le confronter et de le démocratiser aux yeux de la société. […] Tout d’abord, j’ai choisi de détourner un objet que l’on relie à l’intimité et au privé, à tort à un espace féminin : la catelle en céramique. J’en ai détouré les motifs dit « classiques » de type décoratif, que l’on trouve sur ces catelles de salle de bain ou de cuisine, en créant des motifs avec des dessins de clitoris et de vulves. » raconte Charlotte, 25 ans, étudiante en arts visuels à l’édhéa (Sierre). Elle explique avoir découvert la forme entière du clitoris il y a peu et que celui-ci est devenu pour elle presque comme un symbole de revendication du plaisir féminin par sa méconnaissance, son mépris reçu et ce besoin de le cacher qu’a intégré la société. So but est, comme tu le devineras, le rendre VISIBLE !
Depuis certaines catelles ont été retirées mais d’autres subsistent encore ! Lors de ta prochaine visite veveysanne tu pourras ouvrir l’oeil à la Rue du Lac, Ruelle du Lac, Rue du Collège, Ruelle de l’Ancien Port, au Chemin de l’Espérance, aux Escaliers du Vieux Collège…Tu peux même t’en procurer à titre personnel auprès de l’artiste.

Ma réflexion autour de tout ça

En me penchant sur le sujet et toutes ces belles initiatives, j’en suis arrivée à la conclusion que le clitoris perçu comme « accessoire de mode » (bijoux, t-shirt, tattoo, peluche tricotée) est accepté mais cependant des actions dans l’espace public (vulves à Yverdon, catelles à Vevey, sculpture à Neuchâtel) le sont clairement moins. Mon interprétation serait qu’au final avec ces « accessoire de mode » nous touchons un cercle de personnes qui rejoignent la plupart du temps notre idéologie, et ça passe mieux. C’est en observant ces réactions parfois virulentes dans l’espace public qu’on se rend compte qu’il y a encore un énorme travail à faire et les pouvoirs publics ont clairement un devoir par rapport à ça. On dessine des pénis dans les rues depuis l’Antiquité, mais le contraire dérange. Il existe des associations, blogs, collectifs et autres comme les chattes de rue, lescouade_geneve, @gangduclito , Clitoris-moi et clit revolution (je n’en cite que quelques uns!) qui font un travail remarquable. Mais pour réellement changer les perceptions et toucher l’entière population il faut des moyens financiers et donc, l’appui des politiques. Nous contribuons par toutes ces actions urbaines et artistiques à faire progresser nos idées et même si nous n’avons pas encore les moyens financiers, elles sont extrêmement précieuses et fortes. Le clitoris est grand (10 cm en érection!), fort et appartient à la moitié de la population mondiale. Il a largement mérité sa place sous la lumière, tu ne penses pas ?


Précédent Les Pop Créateurs #15 – Beans for Breakfast Suivant : Festival In Situ 2019

Pas de commentaire

Laissez un commentaire !

Laissez un commentaire !