La chronique mensuelle – Cocobilly

La chronique mensuelle – Cocobilly

C’est à quelques pas du parc de Mon-Repos que vivent et travaillent Leha et Joël, alias Cocobilly, se développant discrètement dans leur sphère. Nous rêvions depuis une année de pouvoir leur tendre le micro et écouter leur expérience d’illustrateur à tatoueur. En effet, après deux séances de tattoo avec Joël,  je m’étais mise en tête qu’il fallait absolument montrer leurs travaux respectifs via Pop Up Mag. C’est à présent chose faite. Merci !

 

Cocobilly en quelques mots

« On a décidé de créer Cocobilly ensemble parce que, en fait, on fait tout ensemble. On était illustrateurs ensemble et pour nous ça coulait de source de faire du tatouage ensemble ». – Leha

Cocobilly, c’est l’histoire d’un couple venant du milieu de l’illustration et du dessin animé, actuellement professeurs dans une école d’arts visuels. Pourquoi « Cocobilly »? Chacun a choisi un nom, Leha a voulu Coco et Joël, Billy. Tout simplement.
Fusionnels, ils ont souhaité continuer à travailler ensemble en dessinant sur un autre support que le papier : la peau.

L’idée s’est concrétisée et le salon, jouxtant leur appartement, a ouvert en 2015. Tu ne les verras certainement pas dans une tattoo convention, ce n’est pas vraiment leur truc. Ils préfèrent leur cadre intimiste, bien que la perspective de voyager pour tatouer dans d’autres pays leur trotte dans la tête…

De l’illustration au tattoo

Partir dans le tattoo était devenu un rêve depuis le temps qu’ils en parlaient. Mais en réalité, il est compliqué de s’y former.  En effet, c’est un milieu plutôt fermé, du moins pas toujours facile d’accès. Heureusement, Joël a eu le chance de connaître par le biais d’un ami un mentor – qu’ils remercient vivement au passage – ayant su leur inculquer les bases et les conseiller.
Rapidement, les choses se sont mises en place et le duo s’est aperçu que le tatouage devenait une passion. « En fait, c’est vraiment tout un art, comparé au papier où c’est vite un coup de crayon, et voilà c’est réussi ou c’est raté. La peau, c’est tellement un support différent et vivant, tout simplement ! » explique Leha. Joël ajoute « C’est un travail long et laborieux, mais au combien excitant! ».

« Les choses se sont mises en place par notre envie, notre intérêt pour le tatouage. On s’est très vite aperçu que c’est quelque chose de très grisant, c’est vite devenu une passion ». – Joël

Est-ce facile de s’imposer dans le milieu du tatouage en venant de l’illustration ? Pour Joël, tout est lié. L’illustration est omniprésente dans le tatouage. C’est aussi d’après lui une manière de se démarquer, de donner une touche nouvelle aux styles plus « classiques » du tatouage. D’ailleurs, de plus en plus d’illustrateurs décident de se lancer en tant que tatoueur, ou souhaitent du moins le devenir. « Je le vois en enseignant en école d’art, il y a de plus en plus d’élèves qui chaque année ont envie de devenir tatoueur… Pour moi l’illustration dans le tatouage est l’avenir du tatouage ».

Chacun sa patte

 – Leha

« Pour ma part, je suis passablement entourée de femmes en fait. J’ai trois sœurs et deux filles. Ça m’inspire beaucoup… C’est peut-être surtout des tatouages pour femmes que je fais ». – Leha

Auteur de deux albums pour enfants, Leha a dû repenser son style pour le tatouage. Elle aime dessiner les femmes, elle en est d’ailleurs entourée avec sa famille. Il y aurait peut-être un côté féministe dans tout ça, nous a-t-elle confié.
À ses débuts, ses créations étaient dans un style plus noir et réaliste, qu’elle a synthétisé en donnant naissance à ses fameuses petites pin-ups aux grands yeux noirs qui sont devenues sa signature. «…Si je ne dessine pas des femmes, c’est quelque chose d’assez délicat ». En plus des pin-ups, on trouve beaucoup de végétaux.


Les sources d’inspiration de Leha sont multiples : le quotidien, les artistes, ce qu’elle voit sur Instagram, les vieux films d’animation des années 1930… « Tout ce que je vois, j’essaie de le prendre et d’en sortir quelque chose ».
Croqueuse de séries (son dessin du personnage de 11 de Stranger Things sur son compte Instagram ne peut que l’étayer), elle a été dernièrement particulièrement marquée par la série Fargo. « Je suis amoureuse des cadrages. Le code couleur (bleu, rouge, vert), la musique, ça me parle beaucoup. C’est la deuxième fois que je la regarde, je pense que je vais la regarder encore et encore ».

Quand on lui demande lequel des tatouages qu’elle porte est son préféré, elle ne réfléchit pas. Elle pointe du doigt son dessin de sa première fille sur l’avant-bras, ne reste plus qu’à tatouer la deuxième sur l’autre.

 

 

– Joël

« Naturellement je me suis tourné vers la gravure, c’est quelque chose qui me parle, me plaît beaucoup. J’ai un plaisir réel à la recréer en tatouage ». – Joël

Joël, quant à lui, a gardé sa passion pour la gravure et le dessin scientifique afin de les reproduire sur la peau. Il s’est éloigné du style plus cartoon qu’il avait l’habitude d’illustrer. Il fallait trouver autre chose. « J’étais plus sur la liberté, l’illustration, un peu plus farfelu en mélangeant des petites choses ». Le temps et la quantité de commandes ont toutefois un peu calmé le côté extravagant de ses illustrations.

J’ai trouvé quelque chose qui me correspond, où je m’éclate bien. Si je tourne les pages d’un livre et que je tombe dessus (la gravure), je m’arrête automatiquement… La gravure, c’est mon point fort en ce moment dans le tatouage » déclare-t-il.
En parallèle, il est l’auteur de la fameuse rose au style old school devenue l’emblème de Cocobilly. Actuellement, il aime mélanger l’univers de Miyazaki à certains de ses tatouages. On y trouve ainsi aussi des paysages, des papillons, des oiseaux…

Une expérience culturelle qui l’a spécialement touché dernièrement est la visite de la Grotte Chauvet et de ses peintures rupestres. Il en est resté émerveillé et ça se ressent : « Ce qui m’a marqué, c’est la qualité de dessin, ils jouaient aussi sur la répétition des animaux. C’était les premières animations donc forcément, ça me touche. C’est fabuleux, magnifique, je recommande ».

Joël a plusieurs tatouages coups de cœur, trop difficile de ne choisir qu’un seul : une pin-up indienne, l’une des premières de la série de Leha et un cachalot qu’il apprécie, étrangement, par son rendu proche de la gravure et du dessin scientifique.

 

Les projets de Cocobilly

« Pour moi, l’illustration dans le tatouage est l’avenir du tatouage ». – Joël

A côté de leur pratique du tattoo, Cocobilly propose des patchs, bijoux, pin’s et prochainement des sacs, voire des T-shirts. Tout ça, c’est un peu le « bébé » de Leha, qui aime toucher à différents supports. « J’aime faire plein de choses, j’essaie toujours de mettre un peu de tatouage là-dedans. Par exemple, mes petits colliers avec les mains, elles ont des tatouages. Les petites veilleuses qui sont même pour les enfants ont des tatouages. » Joël la soutient entièrement dans ses projets.

 « J’aime faire plein de choses, j’essaie toujours de mettre un peu de tatouage là-dedans ». – Leha

Pour la suite, il n’est pas exclu pour le couple de tatouer à quatre mains, ils en parlaient encore le matin même de l’interview. D’abord un peu stressé par la caméra, ils ont réussi à passer le cap avec le sourire, se montrant motivés et attentifs. Ça a été un très agréable moment à passer en leur compagnie.
Donc si un projet de tattoo te trotte dans la tête, va jeter un œil à leur compte Instagram. Non seulement leurs styles sont uniques et différents de ce que l’on a l’habitude de voir, mais ils travaillent très délicatement. Je parle en tant que connaisseuse, c’est testé et largement approuvé.

– Carla

Site web
Facebook
Instagram Joël
Instagram Leha

 

 

 


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