La chronique mensuelle – Yann Marguet

La chronique mensuelle – Yann Marguet

Yann Marguet est l’une des nouvelles célébrités de l’humour en Suisse Romande. Connu principalement grâce à ses chroniques Les Orties sur les ondes de Couleur 3, le vaudois est partout. On l’aperçoit souvent dans l’émission 26 minutes, sous les projecteurs du nouveau média Tataki, dans la peau de son nouveau personnage Sexomax à la radio et dernièrement il vient de fouler les planches de l’abc à Lausanne pour le Crash Test avec d’autres humoristes de renom.

Avec Yohan, nous avons eu la chance de pouvoir le rencontrer chez à lui à Lausanne. Yann est sans chichis, curieux avec un tempérament plutôt calme. Nous passons bien 1h30 après l’interview à discuter de divers sujets. Bienvenue dans l’univers de ce romand ayant percé en si peu de temps pour devenir une référence dans le quotidien pour beaucoup d’entre nous.

 


La radio

 

Après un Bachelor en Droit puis un Master en Criminologie, Yann a décidé de se lancer dans un horizon tout autre. Blaise Bersinger, humoriste et ami, l’a poussé à s’essayer à la radio, pour la première fois, sur Rouge FM. Son émission La prise chère, le prédécesseur de Les Orties, était né. Yann se moquait de sujets régionaux et sociaux comme avec les TL, le hype, les avions, les attentats, Jésus… Puis Frank Matter de Couleur 3 l’embauche et comme le concept de La Prise Chère plaisait bien : «.. grosso modo on a changé le nom et on a ajouté des images » raconte-t-il avec un sourire taquin.

Le 22 février 2016, paraît la première émission des « Orties », sur la Saint-Valentin, et depuis le romand en a enchainé soixante-neuf. À savoir que dans les coulisses, une véritable machine tourne pour créer les 5 minutes d’émission. Rien que l’écriture lui prend en général une bonne demi journée voir une journée entière selon l’inspiration. La phase suivante qui consiste à trouver des images pour accompagner le texte est qualifiée de vraie galère d’après l’humoriste. Suit le montage et enfin, la publication. « C’est assez fatigant tout le processus, donc je crois que le moment que je préfère c’est quand j’envoie le wetransfer à la personne qui va publier sur les réseaux sociaux. C’est un peu là où on souffle, jusqu’à peu près le lendemain où on se dit : « Bon, je fais quoi la semaine prochaine ? »
Le problème pour lui, c’est qu’avec les chroniques, lorsqu’il y en a plus, il y en a encore. C’est un inlassable travail de recommencer tout au point de départ chaque semaine mais qui offre d’autre part une liberté incroyable d’expression.

 

 

Depuis septembre, Yann a revêtu sa casquette hélicoptère multicolore pour endosser le rôle de Sexomax, un gars un peu limité, mais bien sympa, pour répondre aux questions sexuelles de ses auditeurs. « Hellooooo, ça jouuuue ? C’est Sexomaxxxx ! » commence l’humoriste à chaque début d’émission – et déjà là, on est plié en deux !
Pour créer son personnage, Yann a choisi de jouer sur les accents et les emphases inspirées d’une personne existante, mais qui n’est pas courant, nous avoue-t-il hilare. Le personnage n’avait aucune volonté d’être sérieux à la base jusqu’à l’émission du  31 octobre dédiée au transgénérisme. « … je me suis laissé dire que il y avait des femmes avec un pénis et des hommes avec une cramouille. La question me faisait rire et je me suis dit « merde ça devient un sujet sérieux, c’est plus difficile de faire des blagues là-dessus ».
On a pu lire dans les commentaires qu’un grand nombre d’auditeurs l’avaient perçu comme une vision didactique et un message de tolérance.  Quelque chose que Yann n’avait pas imaginé : « Le truc c’est vraiment d’avoir un personnage bête mais peut-être que oui, ça peut traiter des vrais problèmes sexuels sous cet angle-là » commente-t-il.

 

N.B. : Tu peux retrouver les vidéos de l’émission sur la page Facebook de Couleur 3

 


Yann multi-facettes

 

Avant toute chose, notons que durant ses études universitaires, Yann rédigeait déjà en pianotant sur son ordinateur des chroniques au Lausanne Bondy Blog. Il se rappelle encore de sa première rédaction qu’il avait envoyée à son ancien professeur de français au collège avec émotion et moult remerciements de relecture. « J’étais déjà sensé faire de l’humour au Lausanne Bondy Blog, il y avait une touche de ce qu’il y a maintenant dans Les Orties. Mais c’était les balbutiements, c’était mes premiers trucs publics ».

Produite par Mise au Point cet été, la petite série filmé Wild Wild Welsh sur les cantons romands jusqu’aux suisse-allemands a fait pleurer de rire ses auditeurs. Pour Yann, le canton le plus plaisant à réaliser en sketch était Neuchâtel. C’est le canton où il en a le plus appris. « En l’écrivant je me suis dit « mais qu’est-ce que je vais pouvoir écrire sur Neuchâtel » ? Personne ne connaît vraiment Neuchâtel à part les neuchâtelois. Avec la personne avec qui j’en ai discuté, j’ai appris pleins d’histoires assez sensationnelles sur l’utilisation de l’argent public, il y a pleins d’aberrations comme ça. J’ai bien aimé, ça m’a fait rire ».
Pour créer ses personnages, il fallait qu’ils soient un peu stéréotypés mais avec toujours un renversement à la fin et essayer si possible de leur donner un peu de profondeur, voire de tendresse au-delà des accents. L’idée était de faire le moins « léman-centrique » possible.

 

 

Parallèlement, les romands ont eu à maintes reprises le plaisir de rire de Yann dans l’émission 26 minutes autant dans un rôle de Guillaume Tell des temps modernes, d’hipster brassant de la bière artisanale ou encore d’Hodor et son fromage à raclette dans Game of Rhône…. L’humoriste raconte que ses premières fois dans cette aventure étaient perçues comme un rêve. Il se souvient encore de ses éclats de rire derrière son écran en visionnant les vidéos de 120 secondes il y a quelques années. Aujourd’hui, il a la chance de construire des projets avec les deux Vincent et de les compter parmi ses potes.

 

 

Yann connaît donc bien l’univers de la télévision. Il y a deux mois, il a franchi la ligne démarcative d’un domaine qui le préoccupait beaucoup : le one man show. Entouré d’une belle brochette d’humoristes, le Crash Test était sa première expérience sur les planches, directement face aux réactions du public. Cette première, qui a été source de beaucoup de stress, s’est révélée être une super expérience une fois sur la scène, avec les spots dans les yeux et le public peu visible. Quelque chose de bien différent que juste une caméra, nous raconte-t-il. Tu sais donc où aller pour assister à du Yann Marguet en live.

L’humour romand

Lancement du film Bill Tell © 26 minutes, RTS

Nous avons demandé à Yann Marguet de quelle manière il présenterait l’humour suisse à un étranger et je pense qu’on peut difficilement mieux le résumer. Tout d’abord, il avance l’ironie et une sorte de sagesse populaire où l’on prétend qu’on a un peu compris la vie, mais tout dépend encore de quel étranger nous avons en face de nous. « On rigole quand même pas mal de nos voisins et surtout des Français, mais il y a aussi un complexe d’infériorité. Des fois on aimerait qu’ils nous connaissent mieux et comme visiblement ils s’en foutent, bah on se fout de leur gueule ».

Il nous raconte que lors d’une interview dernièrement au Quotidien, un humoriste belge aurait annoncé que le prochain humour à surveiller de près serait le suisse, en citant Thomas Wiesel ou encore Marina Rollmann. « Parce que les humoristes belges tout le monde les connaît, tout le monde rigole. Là il y a un truc très caractéristique de la Belgique, il y a l’accent et tout ça. La Suisse, la Suisse Romande, on a toujours l’impression que ça n’existe pas vraiment dans le cœur des français et je crois que là c’est peut-être en train de changer ».
Son souhait pour l’humour suisse : ne pas s’adapter au marché français et pouvoir un jour faire rirent ces voisins de notre propre humour. Yann ne souhaite pas particulièrement percer en France mais s’il arrive à faire rire les Français avec l’humour Suisse comme les Belges pour les Français, alors, avec plaisir.

 

 

Depuis quelques années, on remarque une nouvelle vague de jeunes humoristes déferler sur la Suisse Romande. D’abord avec 120 secondes jusqu’à Carac Attack, dernièrement. Il n’est d’ailleurs pas exclu pour Yann Marguet de créer un jour un projet avec ses deux amis, Blaise Bersinger et Thomas Wiesel, deux grands noms de l’humour romand.
Pour lui le phénomène s’expliquerait par la conjonction entre le monde de la vidéo, internet et la radio filmée. Il se rappelle encore des quelques chroniques de ses débuts, non filmées, et du peu d’engouement qu’elles créaient. « Des mecs comme Norman – même si on ne fait pas du tout la même chose – ont contribué à populariser un truc. On arrive au bon moment pour être écouté. Je pense que maintenant tout le monde attend un peu le prochain média. J’en parlais avec des potes qui sont dans la comm’, on pense à ce qui va être le remplaçant aux stories ou les machins comme ça».

Yann Marguet en compagnie de Blaise Bersinger et Thomas Wiesel

 

D’actu – #metoo

En tout cas une chose est sûre, Yann n’est jamais à cour d’imagination concernant ses sujets de chronique. Mais en existe-t-il un dont il n’oserait pas s’attaquer ? Eh bien oui. Et il s’agit des femmes, comme il avait déjà songer à le faire pour La Journée de La Femme l’année dernière. « Ce n’est pas l’histoire que je ne veux pas dire de conneries, c’est qu’il y a quelque chose à dire mais c’est des thèmes qui peuvent vite déboucher sur des clichés. Pour le faire de manière intelligente, sans renforcer un cliché, il faut réfléchir » nous explique-t-il de manière sensée. Mais il prendra du temps pour la créer et trouver les bons mots.

Grand phénomène sur la toile, le #metoo a beaucoup délié les langues et été salutaire pour grand nombre de personnes. Yann avait d’ailleurs dédié Les Orties au harcèlement sexuel bien avant la naissance de ce mouvement. Il a également parlé dans une autre chronique de la pilule, il se sent donc concerné par la cause féminine.

 

 

Mais certains points le gênent avec ce hashtag : « Je n’ai pas l’impression que c’est hyper critiquable. Je n’aimerais pas – et malheureusement je pense que ça va arriver – que dans deux semaines on se souvienne « tu te rappelles, il y a deux semaines, le #metoo » ? Je trouve qu’il y a des sujets qui ne méritent pas de devenir des trend mais qui doivent rester ancrés ».

À ses yeux, c’est un véritable phénomène qui a dû provoquer  des discussions en classe et dans le champ public. L’humoriste insiste sur le fait qu’il est important que les jeunes soient au courant de cette problématique, mais qu’il ne faut en aucun cas que cela devienne une mode. « Le problème actuel c’est qu’on s’indigne tout le temps pour tout et en général, c’est une indignation qui en chasse une autre, semaine après semaine. C’est dommage quand c’est des choses aussi importantes que ça. J’ai l’impression que ça fait du bien à plein de femmes de pouvoir livrer leur expérience, c’est toujours un problème….Il faut que ça devienne quelque chose qu’on prenne vraiment à bras le corps et qu’on continue à réfléchir là-dessus » conclut-il.

 

 

Au final, Yann Marguet est un personnage à l’humour mordant maîtrisé avec justesse et questionnements. Les sujets sociaux qu’il aborde, que ce soit sur les pauvres jusqu’aux bonhommes, offrent tantôt un témoignage touchant, tantôt une prise de position bien ancrée et accompagnée d’une touche provocatrice. Pourquoi le suivons-nous avec réjouissement ? Parce que ses mots ne sont pas mâchés et qu’il ose dire tout haut avec brio ce que beaucoup pensent tout bas. À la semaine prochaine, avec plaisir, Yann.

– Carla

 

 

 


 


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