Les cafés s’exposent #4 – La Datcha

Les cafés s’exposent #4 – La Datcha

Bordant la colline des Côtes-de-Montbenon se trouve une bonne adresse pour vos jeudredis et week-ends, j’ai nommé le café culturel La Datcha. Un projet ambitieux mené par deux architectes et un agent artistique ; Sylvie, Jeanne et Adrien, qui tourne les projecteurs sur des artistes talentueux d’ici et d’ailleurs. La Datcha, un espace qui vit au rythme de ses spectacles, alternatif et convivial dont les murs sont gorgés d’histoire. Rencontre avec Adrien, programmeur du café généreux pour cette quatrième édition des cafés s’exposent ! 

La Datcha

Pour ceux qui ne savent pas, La Datcha vient du vocabulaire russe qui signifie « la résidence secondaire » en bon français. Et ce n’est pas un hasard si le café ait adopté cette identité. Restauré en 2011, La Datcha n’était autrefois qu’un simple dépôt industriel. La philosophie du lieu vient à dire que c’est véritablement une deuxième maison pour les lausannois. Un lieu de partage, où l’on peut découvrir chaque mois de multiples artistes. Cette semaine, je suis entrée de jour comme de nuit dans cet univers doré, délicieusement atypique. Les yeux rivés sur les fameuses photographies de Renaud Monfourny (fondateur de la revue « Les Inrockuptibles »), j’écoutais confortablement les prouesses musicales du groupe Nalé (ch), une bière à la main. La bonne ambiance était au rendez-vous ! Je te conseille vivement d’y aller !

Vu extérieure de La Datcha

Bar convivial et murs dédiés à l’exposition

« La Datcha, c’est comme une pâte à modeler »

Une soirée à La Datcha, c’est quoi ?

A.R – C’est un algorithme entre la musique et le public. La Datcha c’est un peu comme une pâte à modeler, on en fait ce qu’on veut et avec qui on veut. Les personnes viennent, se rencontrent… Ce sont aussi des délicieuses choses à boire, des bons groupes à écouter, un cocktail de cultures artistiques, un travail d’équipe. Je pense que c’est ce que les gens aiment bien à la Datcha, c’est qu’on se sent presque comme à la maison. On découvre des expos, des artistes, un concert dans une ambiance intime et atypique.

Quel lien portez-vous avec le Flon, quartier en pleine mutation ?

A.R – Il y a 30 ans, tous les bâtiments du Flon servaient d’entrepôts, qu’ils soient en bois ou en béton. C’était un quartier industriel dédié aux artistes et artisans. Le bâtiment de La Datcha a été construit en 1917. C’était à la base, un espace qu’un droguiste lausannois utilisait pour stocker ses produits inflammables et toxiques durant les transferts, ce qui explique l’architecture en béton. Plus tard, Sylvie ma chérie, travaillait dans son bureau d’architecture juste à côté : elle passait chaque jour devant cette bâtisse visiblement abandonnée. Une fois, elle décida d’aller visiter et elle s’est posée la question : « que pourrait-on imaginer dans cet intérieur ?».

Autant le faire vivre, plutôt que de le laisser mourir à petit feu ! Elle avait l’idée de le transformer en atelier d’artistes mais il s’avérait trop coûteux de partir sur cette idée. C’est là où j’interviens. On a commencé à discuter du projet et on s’est dit qu’on allait faire quelque chose de plus global, un café culturel dans lequel on organisera des événements et c’est parti comme ça ! C’est parti d’une volonté de reprendre ce bâtiment. Un projet costaud que Sylvie et Jeanne ont porté, on sent qu’elles étaient motivées !  Et c’est comme ça que l’association est née aussi.

 

Adrien Romedenne devant une photographie signée R. Monfourny

Scène-ouverte avec le groupe Nalé (CH)

Si vous deviez donner un style musical pour définir l’atmosphère de La Datcha ce serait lequel ?

A.R – Ça serait une musique universelle. C’est-à-dire, une sorte de métissage qui peut aller de la chanson au rock (sans dépasser les 93 dB sur 5 minutes à cause d’une loi absurde). C’est une addition de styles que l’on aime bien… Ça peut être très large : du festival de jazz aux soirées autour de la chanson, d’un festival rock en passant par les musiques du monde ! Nous avons déjà accueilli Boubacar Traoré, Anton Newcombe (Brian Jonestown Massacre) mais aussi Dominique A, il suffit que l’artiste nous plaise… C’est aussi simple que ça !

Votre café est culturel au sens large, comment gérez-vous la programmation ? Qu’avez-vous envie d’apporter au public ?  

A.R– La programmation, je la gère en fonction de ce qui nous fait vibrer comme je l’ai dit. On reçoit beaucoup de candidatures spontanées… L’affaire d’une quinzaine par semaine et je me dis : « tiens c’est dommage parce que ce sont des gens du coin qui mériteraient aussi de pouvoir s’exprimer. » Du coup nous organisons aussi des « scènes ouvertes » les jeudis soir. Nous essayons de le faire au moins une fois par mois.

Ce que nous aimons apporter au public est ce que nous aimerions recevoir. Leur apporter des moments intimistes ! Je repense à notre soirée la semaine dernière avec Mathieu Boogaerts… C’était complet et les gens dansaient, il y avait une ferveur très impressionnante ! Ce mouvement, cet échange ! La Datcha est un endroit qui reste à taille humaine, c’est l’occasion de pouvoir découvrir, discuter… De pouvoir aussi se reposer dans la forêt, juste à l’arrière du bâtiment… Ni plus ni moins !

 

« C’est fou comme la couleur des murs change en journée ! » A.R

« Et elles chantent », exposition de Renaud Monfourny

« Autogéré de A à Z »

La fin d’année approche avec beaucoup d’événements à La Datcha, comment vivez-vous cette période au café ? Pas trop le stress ?

A.R – (Rires) Ça l’était, j’avais la nuque tendue à l’ouverture de la Datcha en 2011 ! Mais maintenant… c’est plus simple, nous savons où nous allons ! Une super mini équipe où tout le monde sait ce qu’il doit faire.

Avec les scènes ouvertes, on ne sait jamais s’il va y avoir du monde… cela reste mon seul stress en fait ! Vu que nous donnons beaucoup d’énergie pour ces soirées, nous espérons qu’il y ait du monde qui réponde ! Il n’y a pas de stress par rapport au contenu. C’est plus la fréquentation ! Après, s’il n’y a pas grand monde, ce n’est pas très grave non plus !

Il faut savoir que La Datcha est autogérée d’A à Z donc il n’y a pas un centime qui vient de l’extérieur : nous suivons simplement nos envies.

En quelques mots, expliquez-nous l’association Histoires Urbaines…

A.R– Dans les statuts, c’est une association qui a pour but de réhabiliter des lieux oubliés ou laissés à l’abandon. La Datcha était justement un lieu inexploité durant des années… Ce sont tous ces petits interstices dans la ville que Jeanne et Sylvie repèrent et essaient de faire revivre. À tous ceux qui sont intéressés et qui aimeraient s’investir dans ce projet, si tu nous lis, lecteur… L’association est ouverte !

 

Entrée dans le monde de La Datcha

« C’est une envie collective ! »

Dernièrement Forêt 11, votre nouvel espace d’expression, a ouvert ses portes. Il a déjà accueilli quatre exposants. Quel est le but de cet endroit ?

A.R– C’est de donner la liberté de s’exprimer durant un laps de temps défini. Pour la petite histoire, un jour, j’ai remarqué pas mal de mouvements à côté de La Datcha : j’étais curieux de voir ce qu’il s’y passait. J’ai rencontré un sympathique voisin. Il exerçait son métier de chauffagiste depuis très longtemps et, en discutant avec lui, il m’a raconté qu’il se battait pour garder son espace (la forêt est menacée d’être détruite pour construire une route : un cauchemar éveillé !). Pour finir, il en a eu ras-le-bol et fut forcé de déménager, à contre cœur.

Malgré cette histoire triste, je voyais cet espace magnifique de 150m2 et je me suis dit qu’il ne fallait pas le laisser à l’abandon. « Comment lui donner une nouvelle vie » fut la première question qui nous anima…

Quelques semaines plus tard, nous avons commencé un partenariat avec le festival BDFIL. En discutant avec le directeur, je me suis dit : « Au fait, il y a un espace laissé vide à côté de La Datcha, cela pourrait être pertinent de l’investir pour le festival ! » Le directeur est venu le visiter, des idées ont fusé dans tous les sens. C’est à ce moment-là que les expositions ont commencé à Forêt 11. Je me suis retrouvé avec la clé de l’espace et, par affinité, j’ai donné les clés à des ami(e)s pour qu’ils exposent. Il y a eu de superbes expositions jusqu’à maintenant, il faut que ça continue ! Nous avons envie que cette frange de bâtiments vive un maximum ! Entre Forêt 11 et Démart, nous formons un pôle culturel vivant.

Le potentiel de votre café me permet de vous demander pourquoi ouvrir seulement 3 jours par semaine ?

A.R– Notre équipe ferait plus qu’un 100% si nous ouvrons plus. Nous avons tenté d’ouvrir le mercredi mais c’était beaucoup trop de travail. Nous nous sommes rendu compte que La Datcha était plutôt un café du soir, avec ses habitué(e)s. D’ailleurs, le bouche-à-oreilles est notre meilleur outil de communication ! Beaucoup de personnes viennent fêter leurs anniversaires chez nous : c’est une forme de rencontre qui nous plaît beaucoup !

 

Battons-nous pour cette forêt !

Aperçu du bar et sa programmation

D’emblée, comment voyez-vous l’avenir de votre « maison urbaine » ?

A.R– L’avenir va dépendre du verdict du Tribunal Fédéral : construire cette route goudronnée ou donner raison à toutes celles et ceux qui pensent que garder une forêt en 2017, en plein cœur de ville, a plus de sens. La réponse arrivera dans les trois mois qui arrivent. Le Tribunal doit donc se positionner pour lever ou pas toutes les oppositions (nous sommes soutenus par tous les commerces du Flon, la Fnac et le Palace). S’ils nous donnent raison, c’est tant mieux, nous n’avons plus besoin de nous battre !

Afin de faire envie nos lecteurs, pourriez-vous nous introduire les prochains événements à ne pas manquer à La Datcha ?

Alors mercredi 6 décembre, il y a cette fameuse soirée autour du magazine « Vibrations », cela promet d’être une grande soirée ! Le lendemain soir, vendredi 7, il y aura une soirée de spectacle d’improvisation avec la compagnie LIG et le mercredi 13 décembre, ne manquez pas le Mini-Marché de fin d’année à La Datcha, pleins de belles choses à voir !

 

L’espace Forêt 11 qui a accueilli le Festival des Urbaines ce week-end

 

Ouvert de février à mi-décembre, le jeudi de 20h à minuit, le vendredi et le samedi de 20h à 2h ! Suivez-les sur facebook !

LA DATCHA

Quartier du Flon
Côtes-de-Montbenon 13
1003 Lausanne

www.la-datcha.ch


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