Les Lausannois et leurs festivals de cinéma

Les Lausannois et leurs festivals de cinéma

J’adore les festivals de cinéma, c’est toujours des moments particuliers. On a l’occasion de découvrir des films inhabituels et méconnus, qu’on ne pourrait pas toujours regarder dans d’autres contextes. On a aussi parfois la chance d’y voir un réalisateur et d’avoir possibilité de discuter en toute simplicité avec lui de sa dernière création. Bref, un festival de cinéma, ça n’a rien à voir avec une séance au cinéma classique et ce sera toujours un événement un peu magique pour moi.
Quand on parle de festivals de cinéma en Suisse, on pense sans doute d’abord à Locarno ou à Neuchâtel. Mais Lausanne possède également son lot de petits festivals, peut-être moins prestigieux, mais tout aussi enrichissants et fascinants. Pour cet article, j’ai fait appel à quatre ami.es passionné.es par la question afin de qu’ils te livrent leur expérience personnelle sur le festival lausannois de leur choix.
Sors ton agenda, la fin de l’année sera chargée d’images !

Un immense merci à Elie, Odile, Ben et Anaëlle pour la création de cet article !

Le Festival Cinéma Jeune Public par Elie

Elie est un jeune réalisateur comme Anaëlle (voir plus bas) et a participé au nouveau festival Cinéma Jeune Public. Il te livre sa vision de ce festival prometteur à ses yeux.

En été 2015, à l’issue d’une projection à Lausanne de mon documentaire Répétition, trois dames viennent me trouver. Ce sont Delphine Jeanneret, Cécilia Bovet et Gisèle Comte, qui me proposent de présenter le film au Festival Cinéma Jeune Public de Lausanne, un évènement qu’elles sont en train de lancer. J’accepte, bien sûr. N’ayant pas imaginé mon court-métrage pour un public particulier, je suis curieux de pouvoir le confronter à des jeunes, que j’imagine impitoyables de sincérité. Je suis aussi curieux du mot d’ordre de cette première édition : CONTRE-COURANT ! Curieux, enfin, de ce que ces trois géniales programmatrices — liées à l’association Road-Movie, au Festival du Film de Fribourg ou encore à la Fête du Slip — allaient proposer pour cette occasion.

Mais tout à coup je me demande : Répétition serait-ce un film pour enfants ? C’est que cette case-là ne m’enchante pas vraiment a priori et, que je l’associe intuitivement à quelque film-produit criard, conservateur et abrutissant ! Le Festival Jeune Public prend la question à bras-le-corps et la retourne sur elle-même : Ici on ne prend pas les enfants pour des petits.

Fin novembre 2015, je tombe en effet sur une programmation intransigeante et engagée. Se mélangent les époques, les nationalités et les genres, de Tomboy au Ballon Blanc de Jafar Panahi, d’Edouard aux Mains d’Argent au documentaire expérimental Kings of the Wind & Electric Queens, d’un film d’Emil Kohl à un autre de Georges Schwizgebel… Chaque film, bien qu’accessible aux enfants, est une proposition radicale de cinéma qui articule des problématiques complexes et marquantes. Il s’agit en majorité de films indépendants, qui ne rentrent pas forcément dans les circuits de distribution mainstream — l’édition de 2016 poussera d’ailleurs encore plus loin ce choix éditorial.

Aucune catégorie de spectateurs n’est exclue : si des tranches d’âges sont proposées aux festivaliers, la programmation est aussi intéressante pour les enfants que pour leurs parents, les initiés et les moins initiés. Les étudiants, les personnes en difficultés et les chômeurs bénéficient de tarifs réduits et, l’idée est d’ouvrir le Festival au public le plus large possible.

Alors, pourquoi adresser le Festival au Jeune Public ?
En s’y rendant, les jeunes et leurs familles fréquentent uniquement des salles de cinéma indépendantes de Lausanne, que les initiatrices de l’évènement ont choisi pour en être le lieu : le Cinéma Bellevaux, le City Club de Pully, le Zinéma, l’Oblo… Il s’agit de faire découvrir aux plus jeunes ces espaces alternatifs — dont la programmation est nécessairement plus audacieuse que celle de Pathé — et d’encourager leur fréquentation.

D’autre part, en équilibre entre Culture et Éducation, le Festival organise de nombreux partenariats avec les écoles de la région, de la crèche à l’université. En 2016 ont également été montrés les films d’une association des Maisons de Quartiers, Kezako.

Afin que les jeunes puissent mettre en perspective les films exigeants qui leur sont présentés, le Festival couple les projections avec des ateliers de tout type et pour tout âge : Pour les enfants, l’écriture d’un scénario collectif donnant lieu à l’édition d’un Fanzine, ou la mise en musique de films d’avant-garde avec un professeur de l’EJMA. La création, à partir de 12 ans, de son propre film expérimental en grattant une pellicule 35mm. Pour les ados, un comité de sélection qui, à l’issue d’un débat, choisit un film parmi plusieurs pour être projeté l’année suivante — le dernier comité a élu Gloria de John Cassavetes !

En 2016, la seconde édition confirmait dès son sous-titre l’engagement du Festival — UN TRUC DANS LE GENRE — et annonçait la couleur avec l’affiche [ci-contre]. Puis avec une programmation toujours plus indépendante et stimulante… Cette édition 2017 sera celle du BESTIAIRE. L’occasion de questionner notre rapport aux animaux, notamment dans sa dimension politique. Le Festival Jeune Public de Lausanne invite à appréhender, dès le plus jeune âge, le cinéma comme un art, un film comme une œuvre réfléchissante et non comme un objet de consommation.

L’année de mon passage au Festival, le jury — des filles et un garçon entre 8 et 13 ans — décerna son Grand Prix au court-métrage documentaire le plus expérimental de la programmation, The Face Of Ukraine : Casting Oksana Baiul de Kitty Green… Être le jeune public de films exigeants. C’est ce que je nous souhaite, quels que soient nos âges ! Rendez-vous donc fin novembre au Capitole, où aura lieu cette fois-ci la cérémonie d’ouverture. Avec goûter à la place du cocktail.

– Elie

© Sylvain Chabloz

Du 22 au 26 novembre 2017
Cinéma Bellevaux, Cinéma Oblò, Zinéma, Cinéma CityClub Pully
Site web : http://www.festivalcinemajeunepublic.ch/

Le Festival Cinémas d’Afrique par Odile

Odile est bénévole au Festival cinémas d’Afrique depuis son commencement, autant dire que c’est une vraie habituée des lieux puisque la premières édition s’est tenue il y a déjà 11 ans. Réserve les dates dans ton agenda car il reprendra fin août! 

Odile et Manuel Ernst, le patron de « Saveurs et couleurs »

L’ambiance du Festival Cinémas d’Afrique est familiale, détendue et innovante : le comité et les bénévoles forment une équipe qui s’est agrandie avec les années, mais qui a su rester fidèle aux valeurs du festival. C’est un peu toujours les mêmes têtes, pis en même temps il y a toujours plus de monde, mais on sent que les gens qui viennent une fois, reviendront forcément l’année d’après. Je pense que c’est bon signe. On s’y sent bien, on peut y passer trois jours sans aucun problème.

De plus, on y voit des films qu’on ne verrait nulle part ailleurs en Suisse romande. Ce que j’aime particulièrement avec le festival cinémas d’Afrique, c’est la variété artistique des films et des événements proposés (documentaire, fiction, films publicitaires, concerts, spectacle de danse). Et le fait d’utiliser le théâtre de verdure du Parc de Montbenon pour y projeter des films en plein air gratuits, tous les soirs du festival. Il fallait oser le faire, ils l’ont fait et c’est magique. Les projections sont pour la plupart uniques en Suisse romande, il est en plein cœur de Lausanne, on y mange et on y boit plein de choses incroyables grâce à Saveurs & Couleurs. Il y a des tables rondes organisés lors desquels différents spécialistes, réalisateurs, hommes politiques, voire comédiens sont invités à débattre, après certaines projections.

Le cinéma africain est extrêmement riche et varié – ça fait du bien de voir d’autres styles de films que ceux qu’on verra à Pathé 6 mois plus tard. Un jour on était méfiant à cause d’une météo menaçante : pourra-t-on faire la projection plein air ce soir ou non ? C’était le thème de notre journée. On réfléchissait à une solution, qu’on a vite trouvée : remplir la salle des fêtes de chaises. Mais on a attendu jusqu’à la dernière minute. Pis 30 minutes avant le film y a eu quelques gouttes et de l’orage, on a paniqué, une immense chaine de bénévoles s’est créée en deux minutes, tout le monde s’y est mis, on criait, on courrait, on se lançait des chaises. En 4 minutes, la salle des fêtes était prête à recevoir 300 personnes. Puis la pluie s’est arrêtée. Le public a pu rester dehors. Et nous, on a ri, transpirants, assis sur nos chaises.

 

– Odile

 

© Daily Movies

Du 17 au 20 août 2017
La Cinémathèque Suisse (Montbenon)
Site web : http://www.cine-afrique.ch 

 

Le LUFF (Lausanne Underground Film and Music Festival) par Ben

L’une des seules photos de Ben prise au LUFF

Je n’ai eu l’occasion de me rendre au LUFF que le temps d’une soirée, mais ce festival m’avait fasciné et je tenais donc vraiment à ce qu’il soit dans cet article. J’ai donc fait appel à Ben qui y a travaillé bénévolement lors de la 15ème édition en 2016. Son « témoignage » vaut la peine :

Si je devais donner une couleur au LUFF, ce serait le noir. Tout baigne dans cette ambiance sans couleurs, ni lumières. Les habits des organisateurs sont d’ailleurs aussi noirs, comme leurs habits de tous les jours. C’est une ambiance plus âgée, plus mature, mais pas plus ennuyante, une maturité qui rime avec ouverture d’esprit.

Le LUFF c’est plus qu’un festival de cinéma, il y a aussi des musiques et des performances qui participent énormément à son ambiance. Cette dernière est urbaine et internationale, parfois japonaise, tant les artistes de ce pays sont récurrents au festival. Ce n’est pas toujours de l’art, il y a des expérimentations que beaucoup trouveraient difficile à qualifier d’artistiques : certains films ne sont que des tests d’expositions et d’autres sont plutôt mauvais mais, tous restent uniques. La musique n’est parfois que bruit, mais a une histoire, une communauté et une recherche en amont. Enfin, le LUFF, c’est accepter d’en ressortir perturbé. J’ai un souvenir à ce sujet : l’un des derniers soir du festival, j’ai invité des amis à me rejoindre. Dans un premier temps, c’est moi qui les ai rejoints dans une boite tout à fait banale. Après une semaine dans le festival, j’avais été un peu «traumatisé» et je me suis rendu compte que cette soirée du monde normal me faisait finalement pas mal de bien. Revenir au monde majoritaire devenait rassurant d’une certaine manière. Cependant, j’ai insisté pour amener mes amis à un concert du LUFF, à qui je voulais faire découvrir le monde underground. Ils sont venus pleins d’énergie et étaient prêts à assister au concert d’un artiste japonais. Seulement, au milieu du concert, toute leur joyeuseté est retombée et ils m’ont dit au revoir pour rentrer à la maison (et non pas pour ressortir ailleurs !). Le concert les avait probablement affectés.

Le même résultat est arrivé à beaucoup d’autres personnes que j’ai invitées à venir au festival, de même pour certains films. Ce n’est pas toujours une bonne expérience pour tout le monde, mais ça ne laisse jamais indifférent. Le LUFF offre des choses qu’on ne voit pas d’habitude et qui dérangent. Il y a d’ailleurs peut-être une relation de cause à effet. Le porno et l’érotisme y sont aussi présents. La noirceur de l’être humain y est exposée ; les marginaux y ont également leur place, reconnus nulle part ailleurs ; les mouvements hors catégories s’y retrouvent. C’est une chose que j’aime beaucoup au LUFF, le voyage. Ce festival te transporte complètement dans un monde minoritaire, un monde qui te bouscule et te force à t’ouvrir comme le ferait la visite d’un autre pays. Le LUFF, c’est la preuve que l’industrie underground est plus qu’un terme, mais des vraies personnes en chair et en os. Des gens qui résistent au «mainstream» et au système dominant. C’est ça que j’ai  aimé avant tout, une autre réalité. Si le LUFF était une belle maladie, ce serait la schizophrénie.

– Ben

 

© Daily Movies

Du 18 au 22 octobre 2017
Parc de Montbenon
Site web : http://www.luff.ch/fr/actualites.php
Facebook (assez actif) : https://www.facebook.com/luffestival/

 

 La Nuit du Court par Anaëlle

Le festival La nuit du Court se déroule sur une soirée (de 19h à 4h du matin) en projetant plusieurs programmes thématiques dans plusieurs salles du cinéma Les Galeries. Anaëlle a l’année dernière été invitée à faire projeter son court-métrage Blind date à la Juive que la rédaction adore, on ne pouvait pas trouver mieux pour présenter ce festival! A noter que celui-ci fête son vingtième anniversaire cette année!

Anaëlle lors d’un tournage

La Nuit du Court-métrage de Lausanne est l’évènement automnale que tous les cinéphiles attendent avec impatience. C’est un moment qui fait revivre les Galeries du Cinéma sous un autre jour. Car aujourd’hui, les spectateurs n’ont plus l’habitude de visionner un court-métrage comme le fut autrefois avant un long-métrage.

Ce festival est un des rares moyens en Suisse romande qui permette de voir des court-métrages en masse et sur grand écran. De plus, la sélection faites par le directeur de Base-Court, Bruno Quiblier et son équipe est un travail précis, passionné et ardu. En effet, ils arpentent tous les plus grands festivals, tels que le festival de Clermont-Ferrand, de Cannes, de Annecy et proposent chaque année, une sélection de court-métrages dans une programmation à thématiques originales. Chaque année, ils laissent aussi carte blanche à Couleur 3, au FIFF, au NIFFF, au Kurzfilmtage de Wintherthur ou à une personnalité suisse telle qu’Ursula Meier.

Ayant fait partie du Jury des Jeunes pendant plusieurs années j’ai pu voir la totalité des films choisis pour être montrés au public romand. La sélection a toujours été très riche, originale et actuelle, mettant en lumière le cinéma suisse et international. Blind date à la Juive, un court-métrage réalisé lors de mes études cinématographiques a été découvert sur la plateforme du Short Film Corner au festival de Cannes en 2016 et sélectionné par Bruno Quiblier comme « coup de cœur ». Base-Court m’a ensuite proposé de programmer mon film à l’édition dernière de Nuit du Court-métrage de Lausanne, qui fut pour moi un moment important, connaissant si bien le festival du point de vue de spectatrice.

Ayant eu la chance de participer à ce festival de l’intérieur et de l’extérieur, je recommande à quiconque qui veut se réconcilier ou découvrir le format court de participer à la prochaine édition du festival.

– Anaëlle

 

 

 

Le 17 novembre 2017
Cinéma Les Galeries
site web : https://www.nuitducourt.ch/#/lausanne-17-novembre-2017-20-ans/


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