Lausanne à travers les pages

Lausanne à travers les pages

Lausanne… Qu’est-ce que Lausanne? On visualise la belle cathédrale et on pense au guet, la pelouse plus bas où se retrouve les gymnasiens de la Cité,  les restaurants emblématiques comme la Bavaria au Petit Chêne, le café du Grütli à la Rue de la Mercerie, le kiosque de St-François… Mais aussi les escaliers du marché, la fameuse Place de la Riponne, les soirées d’été au Great Escape, les promenades du dimanche au port d’Ouchy (toujours trop envahi) … Lausanne, notre belle Lausanne se démarque par ses festivals, son offre cultuelle et son innovation constante. Il fallait donc lui dédier un article et quoi de mieux que de voyager dans la Vaudoise par les mots? J’ai donc réuni à nouveau la team bibliothécaire composée de Simon, Pierre et Rachel et de moi-même pour te présenter ces romans « made in Lausanne ». 

Simon : Le parc de Olivier Chapuis

« Les lumières s’éteignirent, une à une, pareilles aux projecteurs d’un stade après la fin d’un match. Il eut l’impression que le paysage entier devenait flou. Ses jambes se dérobèrent, il s’effondra lourdement, l’esprit vide de toute pensée hormis cette phrase qui résonna entre ses tempes : Les petits ruisseaux font les grandes rivières… Puis il sombra dans l’inconscience. Un filet de sang se mit à couler sous sa tête, s’éparpillant en méandres vermillon sur le béton de sa couche mortuaire. »
Court livre de seulement 90 pages, « le Parc » dépeint le quotidien ordinaire de plusieurs lausannois durant une journée qui elle… n’a rien d’ordinaire !

D’où vient donc cette balle, tirée contre Monsieur Valotton, attaché commercial dans une entreprise ? S’agit-il d’un coup de feu volontaire ou d’une balle perdue ? Cette mort était-elle préméditée ou ne s’agit-il au final que d’un malheureux accident ?

Lausanne, notre belle Lausanne

De plus, si le lecteur connaît un minimum Lausanne, il est très agréable de pouvoir visualiser le déplacement des personnages de cette histoire, l’auteur n’étant pas avare quant aux indications des noms de rue, de parcs, etc… Enfin, entre les lignes, l’auteur nous présente également une très intéressante réflexion sur l’art, son utilité et sa valeur !

 Ce que j’en ai pensé

Même si je ne suis pas un adepte de ce genre de livre, je me suis pris une jolie claque avec ce roman d’Olivier Chapuis.
« Le Parc » est un roman noir très réussi, dont le parti pris de présenter le même acte via les yeux de personnes qui n’ont rien en commun (ou du moins à première vue !), est mené tambour battant. Au fil des pages, le lecteur fait ainsi connaissance avec plusieurs personnages : un flic téméraire et n’ayant peur de rien, un dealer au chômage et sa copine folle amoureuse, et un ado influençable et son père, grand amateur de tir sportif. Nous suivons, tour à tour tous ces personnages qui, à travers leurs questionnements, leurs peurs, leurs hésitations ou encore leurs imperfections, se révèlent tous attachants.

Au final, le seul reproche que je pourrai formuler à l’encontre de ce roman est son petit nombre de page (seulement 90!). Mais peut-être était-ce justement cela qui permet au lecteur d’être tenu en haleine de la première à la dernière page ?

A mon sens, une réussite !

 

Carla : On descend à Lausanne de Fernand Berset

Lausanne, 1956. Jonathan Lamargel est comédien aux Faux-Nez. Il a 22 ans, un beau sourire, vivote dans son petit appartement dans la ruelle du Flon et fréquente après le travail Le Chat Noir. Un soir après une représentation, une prostituée en bas de chez lui viendra lui demander de l’aide. Lamargel n’avait pas prévu que sa vie prendrait une telle tournante au point de tourner à une descente au enfers…

Lausanne, notre belle Lausanne

« J’ai dirigé mes pas vers la place de la Palud. C’est une belle petite place. Le touriste peut s’y esbaudir devant une grand fontaine circulaire, survivante de l’occupation bernoise. En son centre, vous avez une statue féminine joliment coloriée. Elle a les yeux bandés et tient une balance d’une main ainsi qu’une épée de l’autre. Ça voudrait nous faire croire que la justice existe. Un peu plus loin, au rez-de-chaussée d’une étroite bâtisse coincée parmi d’autres, le restaurant l’Hôtel Suisse servait pour deux francs cinquante un plat du jour assez dégueulasse mais toujours nourrissant. »

On aime ce second degré chez l’auteur ainsi que que le réalisme de ses descriptions. On perçoit tellement bien les trolleybus de Saint-François, l’atmosphère du Barbare…On se délecte de ce voyager dans Lausanne à travers le temps.

Ce que j’en ai pensé

Lamargel, éternel charmeur et rêveur, nous donne le sourire  dans ses mésaventures. Fernand Berset faisait également parti, comme son héros, de la compagnie des Faux-Nez dans sa jeunesse aux côtés de Freddy Buache, Charles-Henri Favroz et Jacqueline Burnand. Ce roman d’espionnage/policier ne te laissera pas indifférent, je l’ai lu en moins de deux tant j’étais absorbée! J’ai adoré cette dose d’absurde durant la lecture, merci Monsieur Berset!

 

Pierre : Lausanne en méandres de Pierre Corajoud

 Lausanne… ville aux milles pentes. Pierre Corajoud décrit la capitale vaudoise dans un recueil de 15 histoires, évoluant au grès des pages, menant le lecteur dans les recoins méconnus de notre cité lacustre. Mêlant avec finesse des connaissances sur notre patrimoine géologique, historique et culturel, l’auteur emmène le spectateur dans l’histoire de la région. Il décrit comment la vie était autrefois et comment elle se déroule actuellement. On découvre le quotidien de deux artisans, l’un pêcheur, l’autre vigneron.

Lausanne, notre belle Lausanne

Pierre Corajoud nous transmet une histoire sensitive de Lausanne, une exploration qui se veut parfois documentaire, parfois philosophique. Nous découvrons avec lui les origines du Flon, cette rivière engloutie sous le béton au centre de la ville. Il nous dévoile l’endroit où ce cours d’eau respire encore à l’air libre, avant de s’enfoncer dans les profondeurs de la Terre pour rejoindre les entrailles de la Cité. Le premier chapitre ouvre au lecteur la porte des parcs de Lausanne. Il nous explique les différentes inspirations ayant guidé les architectes à l’origine de ces espaces de verdures, quel choix effectué par ceux-ci. Jardin à la française ou à l’anglaise ? Il vous expliquera la différence ! Ainsi va de chapitres en chapitres la lecture, dérivant entre poésie et exploration, entre désirs et sublimation. L’envie du retour à la Nature combattant la résignation face aux temps modernes parcourt l’entier du petit ouvrage.

Ce que j’en ai pensé

Malgré cet engouement pour la Vaudoise et son environnement, l’auteur peine parfois à capter entièrement le lecteur. Il saute d’un sujet à l’autre au grès des chapitres sans lien apparent entre ceux-ci. Son style lyrique, parfois, se fait submerger par des informations purement factuelle sur la région, conférant ainsi un aspect un brin assommoir au livre, coupant machinalement dans le rythme que tente de créer l’auteur dans son écriture. Certains passages nous laissent pantois, quelques longueurs se font ressentir.
Mais en bon lecteurs que nous sommes, nous ne pouvons que vous recommander cette lecture ! Amis Lausannois, si vous voulez découvrir votre ville, empoignez ce livre et perdez-vous dans ses lignes !

 

Rachel : L’Ogre de Jacques Chessex

Jean Calmet, enseignant au Gymnase de la Cité de Lausanne, sort du crématoire où son père vient d’être incinéré. Mastodonte charismatique, débordant de pulsions, il avait dominé le monde par sa prestance et son insatiable appétit de vie. Alors qu’il pense être délivré du joug de son tyran, Jean poursuit son quotidien solitaire au cœur de Lausanne. Hanté par ses souvenirs et ses traumatismes, il découvre peu à peu que ce père destructeur demeure, plus que jamais, vivant dans tout son être. Même réduit en un tas de cendres, l’ogre immortel continue de projeter son ombre sur l’existence de Jean.

Lausanne notre belle Lausanne

Il est fascinant de connaître le lieu d’un roman ou d’un film. Peut-être que cela permet de prêter au texte un regard plus empathique, plus aiguisé. Dans « L’ogre », on est emmené dans le Lausanne du quotidien, au cœur de ses ruelles, de sa vieille ville et des cafés dans lesquels le héros traîne ses angoisses et sa mélancolie. Bien sûr, il ne s’agit pas du Lausanne d’aujourd’hui, mais d’un témoignage du début des années 70. Une Lausanne prise entre deux générations ; celle des traditions et du patriarcat, et celle, rêveuse et colorée, du mouvement et de la rébellion.

L’étudiante gravement malade habite un appartement à Sauvabelin. Enfant, je me promenais dans les allées du bois, marquant des pauses pour observer les biches et les paons qui flânaient dans leurs enclos. Je descendais à toute allure les toboggans gigantesques et éclaboussais ma grand-mère en brassant à la rame les eaux verdâtres du lac.

Jean Calmet (tout comme son créateur) aime l’agitation bouillonnante des gymnasiens venus étancher leurs soifs au café de l’Evêché. Cet établissement mythique a accueilli des milliers d’étudiants au fil des générations. Tel un film en accéléré, je vous laisse imaginer cette succession de visages barbus, rasés de près, puis barbus à nouveau, cette ribambelle de cheveux longs et courts, de pantalons tantôt évasés, tantôt galbant, mais surtout cette infinité de rires, d’indignations, de rêves, de projets… Vous pouvez, encore aujourd’hui, y déguster de délicieuses fondues !

L’être Chessex et son regard intense était habité par la poésie. Lausanne, Lutry, Gréssy… de la ville à la campagne, le pays de Vaud est décrit avec passion, justesse et sensualité. Mais c’est bien la capitale vaudoise, plus précisément les alentours du gymnase de la Cité, qui est au cœur de ce récit. La cathédrale de Lausanne dresse ses pointes vers le ciel, les ruelles pentues sinuent entre ombre et lumière, les façades anciennes tendent leurs enseignes saillantes, les escaliers du marché n’en finissent plus de grimper, le gymnase de la Cité bourdonne et, sur la colline, des étudiants se prélassent au soleil. Au loin, par-delà les tuiles, le lac brille. Nul ne pourrait s’y méprendre ; c’est bien Lausanne qui est dépeinte dans ce bouleversant roman et qui ne cesse de palpiter page après page.

Ce que j’en ai pensé

J’ai toujours aimé la sensualité dans les textes. Quand je lis, j’ai besoin de sentir, de toucher, d’humer, de voir… Et Chessex prend ce parti, admirablement. J’ai aimé la manière dont il saisit la puissance sensorielle de chaque instant. J’ai aimé contempler les paysages vaudois typiques et les décors lausannois par les yeux de cet antihéros crédible et profondément investi par son créateur. Car Jacques Chessex et Jean Calmet ne partagent pas que leurs initiales. Tous deux fils d’hommes autoritaires, confrontés à la mort qui les tourmentent et les fascinent, ils enseignent dans le même gymnase, parcourent les mêmes rues, fréquentent les mêmes établissements… Le côté autobiographique de ce récit est un apport émotionnel intense. Et même sans en avoir conscience, on ressent les douloureuses obsessions de l’auteur entre chaque ligne. « L’ogre » est un roman sombre et esthétique, qui amène à une réflexion méditative sur les relations père-fils et sur la mort. Il rejoint la liste des livres qui m’ont marquée.

 

 

Copyright photo de couverture : Ilmac


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