Nanars, La Chaux-de-Fonds et nuits blanches : viens vivre l’extraordinaire à 2300 Plan 9 – article collectif

Nanars, La Chaux-de-Fonds et nuits blanches : viens vivre l’extraordinaire à 2300 Plan 9 – article collectif

Du 10 au 16 avril 2017 (donc tout bientôt !), aura lieu à La-Chaux-de-Fonds un festival de cinéma bien particulier : 2300 Plan 9, Les étranges nuits du cinéma. Ce festival fondé en 2000 propose chaque année une sélection de films hors du commun, le tout dans une ambiance surréaliste. Mais l’un des meilleurs moyens de rendre compte d’un événement de ce genre et de l’atmosphère qui l’accompagne reste d’inviter un festivalier à relater son expérience. C’est pourquoi j’ai fait appel à mon ami Emilien, étudiant en cinéma lui aussi, qui s’est rendu à la 17ème édition en 2016. Je te préviens, son récit vend du rêve !

L’étrange nuit d’un festivalier

Que retient-on d’un festival de cinéma ? Des films ? Des salles de projection ? Une atmosphère ? Peut-être, d’abord, pour qui n’est pas du lieu, l’arrivée dans la ville. En l’occurrence, puisqu’il s’agit d’évoquer Les Etranges Nuits du Cinéma, La Chaux-de-Fonds. C’est un après-midi d’avril, le printemps s’y fait encore timide. Le train entre en gare, après avoir traversé les paysages enneigés du Jura neuchâtelois. La ville m’évoque un décor de film. Son plan en damier rappelle une bourgade du Far West. On imagine facilement un Western s’y dérouler. La Tour Espacité semble sortie tout droit d’un film de science-fiction des années 1950, tandis que l’architecture ouvrière fait signe du côté de l’œuvre de Ken Loach. En terme de références cinématographiques, ce n’est déjà pas mal pour une ville avoisinant les 40’000 habitants. Mais le sommet reste encore à découvrir, à savoir le Temple Allemand, un austère édifice religieux converti en temple du nanar à l’occasion des Etranges Nuits. L’intérieur a été décoré sans ménagement. En s’y promenant, on découvre une scène de crime aménagée dans une cuisine bricolée pour l’occasion, des chaires cadavériques pendues ici et là, d’étranges figures monstrueuses surgissant au détour d’une arcade. En comparaison, l’église qui sert de décor au Prince des ténèbres de John Carpenter fait pâle figure.

© Stan of Persia

Le film commence. Il s’agit du Peuple des abîmes, une rareté exhumée du catalogue de la Hammer. Lorsqu’un dialogue excède les deux minutes, de joyeux « ta gueule ! » et « trop long » retentissent dans la salle. L’énergie et l’humour délicieusement potaches du public sont contagieux. Les décors en carton-pâte du film sont d’une poésie irrésistible, l’intrigue sans queue ni tête. Voilà qui commence bien. Les projections sont précédées de sketchs impertinents pris en charge par les organisateurs, dont les déguisements sont en phase avec la teneur de l’évènement. « Qui, dans la salle, a acheté l’abonnement du festival ? » – « Moi ! » – « Et tu viens d’où ? » – « La Tchaux ! » – « Mais comment tu fais pour payer ça, t’es pas au chômage ? » Les rires fusent. Suit une production allemande contemporaine, qui donne dans le gore macabre. Un homme est atteint d’un mal incurable, sa chaire tombe en lambeau, secrétant des liquides ignominieux. Absolument dégueulasse. Le film est introduit par son sélectionneur, un jeune métalleux qui organise chaque année un festival de cinéma d’horreur dans la capitale française. « Pourquoi as-tu choisi de présenter ce film dans ton festival ? » – « Pour faire chier aux Parisiens ». Applaudissements. Enfin, un slasher australien. Après trente minutes, il me faut déjà partir pour prendre le dernier train. J’ai manqué Cannibal Holocaust, Sharknado 3, Frankenstein s’est échappé, pour citer quelques perles promises par la programmation. Le retour à Genève, la Cité de Calvin, est dur après cette nuit placée sous le signe de l’excès le plus joyeux.

– Emilien Gür

© Stan of Persia

Entretien avec Lecoon, président du festival

Après un témoignage pareil, on a envie d’en connaître davantage sur 2300 Plan 9. Lecoon, le président de ce festival, a très gentiment accepté de nous en dire plus.

Quand et comment s’est fondé le festival 2300 plan 9, les étranges nuits du cinéma ? 
Le Festival est né en 2000 tel un phœnix sur les cendres encore toutes chaudes de 2300 Outerspace, festival qui fut lancé, quant à lui, en 1995 par l’équipe d’hyperactifs du Bikini Test, salle de concerts de la Chaux-de-Fonds. L’histoire est assez drôle ; une ancienne loi protestante interdit de danser lors du week-end de Pâques, Bikini Test se voyait donc dans l’obligation de fermer pour le week-end, ou alors de mettre des chaises dans sa salle. Ne trouvant pas ça très Rock’n’Roll, ils ont décidé de mettre des chaises, mais pour passer le pire des films de série Z qu’ils connaissaient. Du Romero, du Carpenter, du Cronenberg, pendant 4 jours, avec de la bière et tout ça pour pas cher parce que c’était les vacances et qu’ils se sont dit que les gens qui restaient à la Chaux-de-Fonds le faisaient justement parce qu’ils n’avaient pas tant de fric à dépenser…

Le nom du festival rappelle le film Plan 9 from Outerspace d’Ed Wood, connu pour avoir été élu le plus mauvais réalisateur de tous les temps. Quel lien entretiennent ce film et son réalisateur avec 2300 Plan 9 ?
Eh bien justement, le nom de l’association et du festival 2300 Plan 9 vient surtout de l’hommage à 2300 Outerspace, au travers de cet hommage croisé à Ed Wood. Pour ce qui est de la relation avec ce cher Mr. Wood Jr. nous n’avons à ma connaissance jamais passé Plan 9 From Outerspace au festival (il a été projeté lors de la 2ème édition de 2300 Outerspace en 1996 par contre), mais nous partageons avec lui cet amour inconditionnel pour le cinéma fait avec des bouts de ficelle et des budgets équivalant au budget sandwich de Mr. Cruise dans une grosse production Hollywoodienne.

© Stan of Persia

Il y a une volonté chez 2300 Plan 9 de projeter des films considérés comme mauvais par l’opinion publique. Est-ce que vous souhaitez bousculer les idées reçues sur ce qui ferait un bon ou un mauvais film ? 
Effectivement ! Le but est de proposer avant tout un « type » de cinéma qui n’est pas ou peu exploité en Suisse (et dans les salles de cinéma du monde de manière générale). Ce qui fait un bon film n’est pas forcément lié au budget ou au casting, il en va de même pour les mauvais films ! Le maître mot de notre programmation, en plus de faire franchir quelques frontières à des réalisateurs injustement méconnus, est la sincérité des projets présentés. Chacun de ces films, bons ou mauvais (on laisse au public le soin d’en juger) a été réalisé avec les tripes (parfois même des vraies !) et mérite d’être projeté devant un public curieux et avide de découvertes.

Est-ce qu’un festival pareil pourrait être envisagé dans une autre ville en Suisse romande, ou se prête-t-il particulièrement à La Chaux-de-Fonds ? 
Oui et non. Actuellement nous aurions même de la peine à envisager ce festival ailleurs que dans le Temple-Allemand, véritable écrin mythique qui va de pair avec le festival. Pour ce qui est de la ville de la Chaux-de-Fonds, il y a une sorte de bourdonnement de créativité qui fait que les Étranges Nuits du Cinéma sont ce qu’elles sont ; sans la collaboration avec le Centre de Culture ABC, qui nous loue le lieu mais aussi toute son infrastructure pour un prix ridicule, sans le L.A.C (Laboratoire Autogéré de Création) qui réalise tous nos visuels mais aussi une décoration unique qu’ils mettent plus d’un mois à créer chaque année depuis plusieurs années, sans les bêtises de Plonk&Replonk, mais aussi les capacités professionnelles techniques de structures comme le Bureau Mécanique qui gère chaque année toute la technique des Étranges Nuits du Cinéma, ce festival serait mort ou ne serait pas pareil du tout. Il est tout à fait possible de promouvoir d’autres formes de cinéma autrement que ce que l’on fait et en Suisse Romande, il y a de nombreux exemples qui le prouvent: le LUFF, Black Movies, le NIFFF… Mais ces festivals sont devenus de grosses machines avec de multiples salles de projection au décorum un poil pompeux à notre goût. Nous ne voulons pas forcément être les outsiders des festivals suisses, mais le rôle de vilain petit canard à du bon parfois et nous permet une liberté que d’autres n’auraient peut-être pas.

© Stan of Persia

Que y’aura-t-il de particulier pour la 18ème édition, de quoi vous réjouissez-vous le plus ?
Chaque édition est particulière mais cette 18ème année de vécu montre que nous avons largement notre place dans le paysage culturel romand. On se réjouit chaque année de se retrouver, de programmer des films, de les partager avec le public et de voir que celui-ci en redemande ! Nous avons la chance de proposer une atmosphère particulière, l’ambiance que l’on crée et le plaisir que l’on prend à monter chacune des éditions sont nos plus gros atouts !

Quel est votre film coup de cœur de la programmation 2017 ? 
Rhâââââ ! Choix difficile… ! Nous avons proposé 3 films coup de cœur pour cette édition qui sont Revengeance de Bill Plympton, The Windmill Massacre de Nick Jongerius et Curse of Chucky de Don Mancini, mais on est aussi super excités par la pérennité du cycle 35mm (cette année dans la veine « opéra-rock ») et par le cycle VHS, en hommage à ce medium que plus personne n’utilise !

Comment convaincriez-vous un.e Vaudois.e de se rendre le mois prochain jusqu’à La-Chaux-de-Fonds pour 2300 Plan 9 ?
Oh, ne venez surtout pas, il y a des loups et de la neige. Et puis on a un accent bizaRRRRe ici…
Non, très sérieusement, la vraie raison de venir aux Étranges Nuits du Cinéma, et elle est autant valable pour un Vaudois que pour un Californien, et c’est d’ailleurs Mike Davis, réalisateur californien qui l’a dit:
« La Chaux-de-Fonds est une ville accueillante où je me sentais comme une partie de la communauté après seulement quelques jours dans la ville, et j’ai été promené et alimenté généreusement par mes hôtes. Mais ce qui distingue vraiment cet événement à part, c’est l’incroyable groupe d’organisateurs et les membres du public qui viennent en masse pour faire le show.
Le Temple Allemand est transformé en un palais hanté habité par des créatures costumées qui créent l’ambiance parfaite d’un autre monde pour profiter de ce genre de cinéma. Je n’ai jamais vu un personnel si dévoué à son art et il montre les projections avec l’enthousiasme des foules qui y assistent. 2300 Plan 9 mérite d’être reconnu comme LE festival du genre, premier de son genre, et La Chaux-de-Fonds une destination pour les amateurs de cinéma du monde entier. »

–  Au nom de la Horde de 2300 Plan 9. Lecoon, Président masqué de noir

 

Rendez-vous donc du 10 au 17 avril au Temple allemand à La Chaux de Fonds ! Tu peux déjà acheter tes prélocs ou obtenir des informations pratiques sur le site internet du festival
Un grand merci à Emilien Gür et à Lecoon pour leur large contribution à cet article !

© Mathias Antonietti et Missa

 

 

 


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