Leave Her To Heaven, un film bien plus complexe qu’il n’y paraît

Leave Her To Heaven, un film bien plus complexe qu’il n’y paraît

On a souvent tendance, et moi la première, à considérer les films anciens – à 2 ou 3 « chef d’oeuvres » près – comme ennuyants et dépassés. Et en fait, je ne suis dorénavant plus du tout d’accord avec cette idée. Mes études en cinéma m’ont amenée à regarder des films qui ne m’inspiraient absolument pas confiance à première vue, et que j’ai adorés au final. Du coup, j’aimerais te présenter mes coups de coeur spécial vieux films en espérant te donner envie de les découvrir. Je vais commencer aujourd’hui avec Leave Her to Heaven, un film hollywoodien sorti en 1945. C’est typiquement le genre de film qui semble avoir extrêmement mal vieilli, avec ce Technicolor criard, ces décors invraisemblables et cette histoire d’amour qui pourrait être terriblement niaise (mais qui ne l’est en fait pas du tout).

  Une couverture du DVD, regarde-moi cette horreur

Leave Her To Heaven raconte certes une histoire d’amour, celle d’Ellen et de Richard, mais il décrit en particulier à quel point leur relation devient extrêmement malsaine au fil du temps à cause de la possessivité d’Ellen. À moins que ce soit plutôt le manque d’intérêt de Richard pour son épouse qui soit responsable de tous leurs maux, à toi de juger ! Mais ce qui est sûr, c’est que tout ce qui pourrait sembler apriori un peu « niais » dans ce film est en fait fortement contrebalancé par des scènes sombres, mais vraiment, vraiment sombres. Je ne vais pas les dévoiler ici, juste te dire que la « jalousie » d’Ellen va loin. Il y a une scène en particulier que je trouve grandiose tellement elle est bien construite au niveau du suspense, du malaise, et de l’horreur à la fois. C’est la scène la plus connue du film, si tu l’as vu, j’imagine que tu sauras rapidement de laquelle je parle.

Si je considère Leave Her to Heaven comme un film qui vaut la peine d’être vu, même septante ans plus tard, c’est donc en partie pour sa trame narrative lugubre ; j’aime bien les histoires noires. Mais c’est aussi pour le personnage d’Ellen, que je trouve super bien construit. Elle est représentée de manière ambivalente, et c’est un peu au spectateur de décider s’il s’agit réellement d’une femme cruelle, ou plutôt d’une personne touchante qui souffre de sa condition de femme dans un contexte ultra patriarcal. Ellen a souvent été considérée comme une femme fatale par les critiques (la page Wikipédia en anglais du film l’annonce dès le début). Personnellement, je trouve qu’elle n’y ressemble pas tant que ça, car le film construit fréquemment une focalisation avec elle qui permet d’avoir accès à ses émotions. Cette proximité l’éloigne de l’image habituelle de la femme fatale froide et sans cœur, et la rend davantage complexe, donc davantage intéressante. En plus de tout ça, elle est interprétée par Gene Tierney, une actrice qui me semble plutôt peu connue alors que personnellement, je la trouve magnifique, et surtout très douée.

Je défends beaucoup Ellen, mais je dois avouer que c’est aussi parce que j’ai beaucoup de peine avec le personnage de Richard, qui, en contrepartie, est terriblement insipide selon moi. Il a des airs de gentil monsieur qui ne ferait de mal à personne, mais je trouve justement son comportement face à Ellen insupportable. Là encore, c’est à toi de juger et peut-être que tu ne seras pas d’accord avec moi. Mais personnellement, je détesterais avoir un époux comme lui, aussi mou et peu à l’écoute. Il me semble beaucoup moins intéressant qu’Ellen, car il a l’air complètement creux. Bon, je suis dur avec Richard, car toujours est-il qu’Ellen commettra des actes graves qui le détruiront.

Le niais Richard et la sublime Ellen

J’ai pas mal insisté sur les moments sombres du film, mais il y a aussi quelques scènes presque humoristiques, notamment avec la famille d’Ellen qui est collante et ennuyante au possible. Cette représentation négative de la famille est renforcée par les réactions dépités d’Ellen à leur égard (big up à la scène de la soirée chansons au coin du feu qui me fait beaucoup rire). Si tu as déjà eu envie de te retrouver seul avec ton partenaire alors que vous étiez entourés de sa famille, de ta famille, ou d’amis divers, tu ressentiras sans doute un peu de compassion pour Ellen.

La fameuse soirée au coin du feu

Comment se le procurer ?

Si tu souhaites regarder Leave Her To Heaven en toute légalité, sache qu’il existe un exemplaire DVD à la BCU de Lausanne site Unithèque, c’est-à-dire en plein cœur de l’université. Il suffit de le chercher dans le moteur de recherche du site de la BCU , puis d’aller le chercher directement d’après sa cote à la bibliothèque. Le titre en français est Pêché Mortel si jamais. Tu peux donc l’emprunter pour le regarder chez toi, mais tu peux aussi le visionner directement depuis le Cinéspace, une salle au sous-sol de la bibliothèque avec des ordinateurs à disposition. C’est dans cette salle que se trouve le DVD aussi.

Si tu n’as pas de carte de bibliothèque, tu peux t’en faire une gratuitement et rapidement sur place.

 

N’hésite pas à me redire une fois que tu l’as vu ce que tu en as pensé, et comment tu interprètes les personnages d’Ellen et de Richard !

 

Leave Her to Heaven (Pêché Mortel)

De John M. Stahl

Avec Gene Tierney, Cornel Wilde, Jeanne Craine

1945, 20th Century Fox


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