La littérature suisse n’est pas à jeter

La littérature suisse n’est pas à jeter

 

Qu’est-ce que c’est la littérature suisse? Grande question me diras-tu, il m’a donc paru indispensable de rédiger un article sur notre précieuse littérature si peu connue et pourtant si riche. Metin Arditi, Anne Cuneo, Joël Dicker, Martin Suter, Noëlle Revaz, Michel Layaz, Mathias Zschockke sont de grands auteurs de chez nous, mais ça ne s’arrête pas là. Il est étonnant de constater que nous connaissons davantage des auteurs américains, anglais, scandinaves ou français que les nôtres.
Pour ce faire, j’ai rassemblé la « team bibliothécaires » pour te proposer nos coups de coeur et te présenter une petite sélection suggestive. Attention, lecture contagieuse!

 

Dana

 


 
Peau morte / Manon Leresche

 

“Je n’avais que seize ans lorsque j’ai compris que ma vie n’allait plus en être une. Je titubais dans les copeaux m’en allant chercher de quoi remplir mon estomac. J’étais affamée, c’est souvent comme ça après les soirées. Enfin bref, la fête touchait à sa fin, le jour pointait et l’alcool me donnait la gerbe plus que jamais. A peine plus tard, je ne saurais dire quand ni comment exactement, mais je me retrouvais au fond d’un long tunnel, immensément grand, infiniment noir. Trois hommes étaient là, en face de moi. Deux d’entre eux me tenaient ferme les épaules tandis que le dernier rouait mon corps de coups. Il s’en prit d’abord à mes seins en les tirant, les pressant, les saignant. Puis, il s’acharna contre mon ventre dans lequel parut alors la marque de son poing. Ensuite, ce fut très lentement, ou rapidement je ne me souviens plus vraiment, mais il arracha les boutons de mon pantalon comme si son désir sexuel, ou devrais-je dire plutôt, son besoin vital d’assouvir sa queue, le rendait complètement fou, hystérique, c’était un véritable chien !”

Résumé 4ème de couverture.

 

Ce que j’en pense

Touchant, émouvant, peau morte vous accrochera dès les premières phrases dans lesquelles on ressent  la violence et les émotions de l’auteure.

Ce témoignage émouvant et pénible nous met face à une très dure réalité. Ce livre va venir vous toucher jusqu’au plus profond de vous. En lisant ce livre on se sentira un  peu plus proche, et si c’était quelqu’un qu’on connait ? Et si c’était nous?

Un petit électrochoc très bien écrit et agréable à lire. Une fois celui-ci terminé je vous conseils également de lire son deuxième livre : désacorps.

 

Chelsea

 

L’œil de l’espadon / Arthur Brügger

 

C’est l’histoire de Charlie un jeune homme de 24 ans, apprenti poissonnier. Il travaille dans un grand magasin réunissant plein de secteurs alimentaires différents. Il est proche de ses collègues et de son responsable mais plus en particulier de Natacha, la fromagère. Il en est secrètement amoureux et tente par plusieurs façons de s’en rapprocher. Charlie est pour les gens du grand magasin, quelqu’un de gentil, trop gentil. Il vit son train-train quotidien lorsqu’un jour arrive un nouveau collègue, Émile, qui travaille pour le niveau zéro. Charlie va le rejoindre un soir et découvre les coulisses de ce grand magasin. C’est à partir de là que les choses vont changer pour Charlie, il saisira une occasion de casser cette image de lui, du jeune tellement gentil et par la même occasion fera réaliser à Émile la réalité plus subtile qu’il ne la voudrait.

 

Ce que j’en pense

J’apprécie ce livre car le résumé m’a beaucoup plu et rien qu’en le lisant j’ai eu envie de découvrir la vie de Charlie et ce qu’il s’y passe. Le thème principal de ce étant quelque chose de sérieux et d’actuel, cela a amplifié ma volonté de me pencher sur ce roman. L’humour et le style d’écriture d’Arthur Brügger ont rendu ma lecture encore plus agréable.

Je me suis très vite attaché à Charlie, je l’ai trouvé très touchant et sa volonté de remédier au gaspillage du « Grand Magasin » m’a beaucoup plu car c’est un moyen de faire en sorte que le lecteur se remette en question par rapport à ses habitudes ainsi qu’à celles des différentes enseignes alimentaires.

Je ne peux que recommander cette lecture simple, intéressante, touchante et pleine de vérités.

 

Pierre

 

Cygnis / Vincent Gessler

 

Dans un monde où la Nature a repris ses droits, un homme chasse le diasol pour gagner son pain. Il se prénomme Syn. Son fidèle chien, Ack l’accompagne partout.

Cette humanité, située dans un futur lointain, est décimée. Elle survit en petites communautés quasiment retournées à l’état sauvage. La technologie appartient à un âge révolu. On se sert encore de fusils laser mais personne ne sait comment cela fonctionne et pense que c’est un cadeau des Dieux. Les croyances sourdes en des entités supérieures font à nouveau la loi.

Mais d’où vient ce retour en arrière ?

Personne ne le sait, mais certains chuchotent avec effroi des fables parlant d’un énorme flash provoquant un chaos qui dura 1 jour et 1 nuit. Notre civilisation ne s’en relèvera pas.

C’est dans ce contexte que notre héros voit le jour et survit en tant que chasseur de robots. Ceux-ci possèdent d’ailleurs une intelligence toute particulière. Ils tuent ou ils creusent. Etrange logique me direz vous.

Mais un événement va l’empêcher de continuer son activité : Une guerre éclate entre les habitants de la ville de Méandre et les Troglodytes (un peuple souterrain, vivant dans les montagnes), le poussant à aller secourir certains de ses  proches retenu en otage. Cette guerre lui dévoilera une bien autre destinée que celle de simple trappeur solitaire…

 

Ce que j’en pense

Le livre me laisse un goût d’inachevé, comme si on avait enlevé des bouts à certains endroits. Mais il recèle tout de même quelques éléments excellents : Le livre est une apocalypse douce, la plume de l’auteur réussissant parfaitement bien à retranscrire une ambiance naturelle, poétique. Les héros parcourent un monde où la Nature a reprit ses droits, montrant ses magnifiques paysages tout de forêts vêtus. On entendrait presque chanter les oiseaux à travers les pages du livre, celui décrivant fort bien ce doux havre de paix réservé aux animaux. L’écriture de Vincent Gessler séduit par ses sonorités, caressant doucement nos tympans comme le glouglou d’une calme rivière coulant sous un soleil d’été.

Intéressons nous au points négatifs du livre. De très gros problèmes de rythme : des moments extrêmement longs et d’autres se déroulant à une vitesse déconcertante (surtout à la fin mais chut, je n’oserai vous spoiler. Ça serait mesquin). Une impression d’inachevé dans la bouche, comme si on avait enlever le morceau avant qu’il touche les dents. Pourtant il était très alléchant ce morceau, il vendait du rêve même ! Ces histoires d’intelligences artificielles, de robots, de fin du monde… De quoi te faire acheter immédiatement.

Je recommanderai qu’une seule chose pour sa lecture : une musique douce pour l’accompagner, genre Low Roar.

 

Déborah

 

J’ai tué papa / Mélanie Richoz

 

A peine lu, le titre interpelle tout lecteur qui possède une certaine sensibilité aux liens familiaux. Pourquoi donner un tel titre à un document dont la couverture ne ressemble en rien à un terrible polar ? Voici un résumé qui offre une idée générale de ce roman écrit avec une plume légère et désarmante.

Ce livre relate l’histoire de Clémence, Jacques et Antoine, sous trois angles différents. Le récit poignant d’une famille en pleine difficulté qui doit faire face à un évènement inattendu et douloureux, l’hospitalisation de Jacques, le père de famille. Le lecteur découvre le point de vue innocent du fils Antoine qui, petit à petit, comprend que son père ne fait pas semblant d’être inerte et inexpressif. Puis, il se met dans la peau de Clémence, la mère, qui doit rester forte face à la dégradation de la santé de son mari et aux difficultés rencontrées par son fils au cours de sa scolarité. Et enfin, le point de vue de Jacques, ses longs moments de solitude et ce qu’il vit lors des visites de sa famille, lorsque sa femme perd espoir devant lui.

 

Ce que j’en pense

J’ai opté pour ce livre dont le thème principal, le syndrome d’Asperger, est assez particulier. Cette lecture peut plaire aux assidus de lecture tout comme aux amateurs. Faisant moins de cent pages, il est vite lu et très pratique à emporter avec soi. Je ne connaissais pas du tout le monde de l’autisme et cet ouvrage m’a permis d’apprendre certains détails intéressants sur ce trouble. L’envie d’aller me renseigner par moi-même afin d’en apprendre davantage m’est aussi venue grâce à ce livre. On est directement plongé dans le livre dès les premières lignes grâce à l’écriture originale de Mélanie Richoz, l’auteure.

Un livre à la portée de tous mais qui peut en apprendre beaucoup sur le syndrome d’Asperger, maladie qui touche le petit Antoine. J’espère que si d’autres personnes lisent ce roman, elles l’apprécient autant qu’il m’a plu.

 

Florian

 

Les ombres du métis / Sébastien Meier

 

Paul Bréguet, ancien inspecteur derrière les barreaux, se confie au pasteur venu l’écouter. Il essaye tant bien que mal de lui raconter ce qu’il s’est passé l’année précédente et qui a fini par l’amener en prison. Beaucoup de zone d’ombres, de contradictions, de mystères venant de l’affaire Romain Baptiste aussi bien que de la vie de Paul vont refaire surface. Les ingrédients parfaits d’un bon polar, qui a pour décors la capitale vaudoise.

 

Ce que j’en pense

Quelle histoire ! Depuis quelques mois, je suis plongé dans les classiques littéraires, et s’offrir une petite parenthèse contemporaine m’a fait du bien ! Je connais peu l’univers des romans policiers, à part les quelques classiques lu lors de ma scolarité.

La première chose qui m’a frappé, c’est le fait que l’histoire se déroule dans la région, précisément à Lausanne. Je ne suis pas exactement de cette ville, mais y ayant travaillé, j’ai eu beaucoup de plaisir à pouvoir situer les divers lieux de l’histoire. Aussi, ne plus voir le lieu où l’on vit comme quelque chose de banal où il ne se passe rien, mais pouvoir imaginer que des histoires comme celle-ci peuvent y être tirées, c’est fascinant !

Le roman nous tient en halène de bout en bout ! C’est comme réaliser un puzzle, pièces après pièces, on commence à entrevoir le résultat final. Je présume que c’est le cas pour la plupart des ouvrages de ce type, mais ça m’a particulièrement interpellé.

J’ai envie de parler du personnage principal, Paul Bréguet. On l’aime, on le déteste, on le comprend, il nous laisse perplexe, c’est un être à la fois mystérieux, mais en même temps très simple. Il est difficile à jauger, c’est un des éléments qui m’a beaucoup plu.

Certains aspects m’ont quelque peu déçu : malgré que l’histoire soit très « locale », le ton qui y est mis est un peu américanisé. De gros clichés reviennent parfois, pas forcément nécessaires. La narration saute des pensées de Paul à son témoignage au pasteur, en passant par un autre protagoniste, j’ai eu été un peu confus.

Malgré cela, le récit tient la route, et j’ai eu beaucoup de plaisir à le découvrir. Pour dire, en quatre jours, j’avais terminé le livre !

 

Carla

 

Confidences / Max Lobe

Max Lobe est de retour au Cameroun, après 10 ans d’absence. Il part à la rencontre de Mâ Maliga, une vielle dame dans le petit village de Song-Mpeck. Avec un verre de matango (vin de palme) à la main, Mâ Maliga nous conte l’histoire de l’indépendance du Cameroun menée par son leader Ruben Um Nyobé. A travers ses paroles, on découvre la communauté bassa, les rapports humains, les désaccords tout autant que la violence, la peur et le courage. Cette vieille dame est terriblement attachante avec son franc-parler : « Quoi ? Tu dis que tu veux aussi voir le tombeau
 de Um Nyobè? Est-ce qu’on pourra faire tout cela en une seule journée? Mon fils, tu es curieux comme les singes de notre forêt ».

Ce que j’en pense

Avec cette lecture on se rend compte de notre peu de connaissances de l’histoire des pays africains. A savoir que le Cameroun (ancienne colonie allemande) fut divisé à la fin de la I ère Guerre Mondiale par la Société des Nations en deux zones dirigée par la France et les Royaume-Uni. Au terme de la II ème Guerre Mondiale, Ruben Um Nyobé, leader de l’UPC (Union des populations du Cameroun), décide de mener un combat pour revendiquer l’indépendance de son pays et sa réunification. La démarche de l’auteur de se rendre sur place et de relater l’histoire d’après les paroles de Mâ Maliga (nom d’emprunt d’une personne réellement rencontrée) est une manière très intéressante et touchante d’aborder ce sujet. Tout paraît tellement vivant lorsqu’on est plongé dans cette lecture. Cela m’a donner envie de me documenter davantage.

Humour, force et tendresse, voilà les mots qui nous viennent à l’esprit à la fin de cette oeuvre. Ce roman est une quête identitaire pour l’auteur qui se pose la question « C’est quoi être Africain ? ».

J’ai eu la chance de pouvoir le rencontrer pour avoir travaillé sur son premier roman « 39 rue de Berne » que j’analysais dans le cadre de mon TPA (dossier à rendre à la fin de mon apprentissage). Max Lobe me racontait la complexité de l’écriture de « Confidences » car il devait reprendre les paroles d’une personne sans la trahir, ni le lecteur, ni lui-même. A lire vite !

 

 


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